Visiteur de la semaine: Une Parisienne née à Jigjiga en guerre contre les MGF

9 janvier 2014 19 h 04 min0 commentsViews: 670

Mardi dernier, nous avons reçu la visite de Mlle Ismahan Abdi. Cette Française née à Jigjiga, en Ethiopie, milite à la tête d’une association, Chaariot, pour aider les réfugiées somaliennes et ogadénies des camps d’Ali-Addé à se faire examiner par des gynécologues bénévoles qui appuient l’association. Elle est venue nous parler de son combat.  

Elle s’appelle Ismahan Abdi. Elle est jeune et plutôt jolie mais c’est une écorchée vive. Française d’origine somalienne ou plutôt éthiopienne (elle est née à Jigjiga), elle a grandi à Djibouti d’où elle est partie un jour à la découverte du vaste monde.

Après des études de communication, elle a travaillé notamment en Nouvelle-Calédonie avant de poser ses valises à Paris.

Elle en a d’ailleurs l’accent. Ismahan est une fille de Jigjiga, donc,  et comme toute fillette de Jigjiga, elle a été infibulée à cinq ans, une blessure qui ne l’aura finalement jamais quittée.

Aujourd’hui, la voilà à la tête d’une association dénommée CHAARIOT et qui se propose de venir en aide aux Somaliennes (de Somalie ou de Jigjiga) qui vivent dans des camps de réfugiés à Djibouti.

Accompagnée d’une humanitaire, Linda Caille, Ismahan est en visite de travail à Djibouti. Son projet ? Faire venir des chirurgiens européens bénévoles à Djibouti afin que ceux-ci «réparent » les dégâts causés par les doigts tordus des exciseuses sur l’intimité des femmes.

Nous utilisons des guillemets parce qu’Ismahan ne veut pas que sa démarche soit mal interprétée. « Ce n’est pas, dit-elle, de la chirurgie réparatrice au sens où on l’entend généralement.

Il ne s’agit pas de réparer le clitoris, etc., il s’agit de mettre un terme à la souffrance de ces femmes qui ne peuvent même pas évacuer leurs menstrues ».

Pour l’heure, Ismahan et son accompagnatrice sont en train de discuter des modalités de leur projet avec les autorités sanitaires du pays. Les choses, dit-elle, avancent dans le bon sens.

Quand elle parle du calvaire que vivent ses « sœurs », Ismahan a le regard qui s’embue et des trémolos dans la voix.

Elle se souvient, comme si c’était hier, de sa propre excision, du sang, de la douleur, de la lame qui coupe, qui déchire, des tantes placées tout autour et qui hôchent la tête pour dire que ce n’est pas assez, qu’il faut faire les choses dans les règles de l’art en coupant davantage ; c’est le tourbillon, l’enfer sur terre.

Ismahan a grandi avec sa douleur ; sa vie s’est améliorée, elle a fait des études sérieuses, a pris son destin en mains  mais elle sent qu’elle n’est pas comme tout le monde.

Un jour, en 2010, elle reçoit un appel de sa petite sœur restée au pays, à Jigjiga. C’est un appel de détresse. La petite sœur lui dit « J’ai trop mal, j’ai un gros kyste, je vais mourir, viens m’aider ».

Excisée et infibulée, la gamine souffrait le martyre. Ismahan était à Nice, ce matin-là. Elle demande à sa petite sœur de se rendre à Djibouti.

Elle fait le tour des associations, consulte des forums sur Internet, commence à bouger. Elle-même se dit qu’elle n’est pas à l’abri d’une infection de ce genre puisqu’elle a subi les mêmes dégâts dans sa chair. Elle se fait opérer avant qu’il ne soit trop tard.

Et aujourd’hui, son combat consiste à donner la même chance à celles qui n’ont pas les moyens de se faire examiner par un gynécologue. Ismahan a terminé son récit. A la Rédaction, pas une mouche ne vole. C’est le silence absolu.

Ismahan est une battante, une de ces femmes qui ne baissent jamais les bras et dont le courage force l’admiration des hommes, c’est-à-dire les « dominateurs » qui ont inventé cette horreur pour montrer leur supériorité. La Nation soutient son combat.

ABS

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