Tribune : Voici venu le temps des femmes

18 janvier 2018 9 h 05 min5 commentsViews: 210

Au secours les femmes arrivent ! On peut résumer, sans la moindre exagération, par ce cri étouffé dicté par l’instinct de survie, l’état d’esprit des prétendants mâles, candidats aux élections législatives de cette année. Depuis que la loi qui prévoit 25% des femmes à l’assemblée nationale a été entérinée par cette même assemblée, les couteaux tribaux ne sont pas tirés, mais c’est tout comme. Côté face, tout les hommes sont pour. Certains poussent même la surenchère à envisager une femme à la tête de l’hémicycle. Ainsi, la boucle sera bouclée ! Cette belle  unanimité de façade  éclipse mal cependant le hoquet qui s’est emparé de nos députés. Aussi bien des sortants qui veulent tenter leur chance  que des nouveaux  prétendants. Tous sont conscients que les places qui seront gagnées par les femmes seront perdues par les hommes !

Pourtant pour le Président de la République, il ne s’agit pas d’une équation à résoudre, ni d’une configuration gagnant-perdant, mais d’une évidence à intégrer dans la bonne gouvernance nationale. Car il est loin le temps où feu Gouled, le premier Président de la République exprimait par cette jolie formule le casse-tête djiboutien pour former un gouvernement arc en ciel communautaire uniquement composé d’hommes : « c’est mathématique». Depuis, la question genre s’est invitée dans tous les compartiments de notre société. Nos femmes sont devenues ministres, députées, directrices, ambassadrices. Le verrou  du tabou a sauté. Et les Djiboutiens se sont rendus compte que les femmes peuvent cumuler avec aisance les responsabilités domestiques et politiques. Alors pourquoi ce hoquet ?

D’abord, rendons à César ce qui  est à César ; c’est le Président Guelleh qui est l’initiateur de cette politique. C’est lui qui a nommé une femme au poste de ministre pour la première fois. C’est lui qui a ouvert l’hémicycle  aux femmes en contraignant les partis politiques à réserver un quota de 10% aux femmes sur leurs listes. Avec prudence, peut-être, mais avec détermination, sûrement!

Il fallait juste oser ! C’est la marque de fabrique du Président de la République. Ne pas s’attarder sur le qu’en dira- ton, ne pas prêter attention à ceux qui veulent figer la société dans le marbre de la misogynie. Car à ceux qui pensent que les femmes n’ont pas de compétences politiques poussées et qu’il fallait s’en tenir au 10% symbolique, notre réponse est la suivante : «  chers amis, ces compétences, lorsqu’il s’agit des femmes vous ne les trouverez pas mais lorsqu’il s’agit des hommes vous ne les chercherez pas !»

Cette conception d’une démocratie, qui s’abreuve aux sources des patriarches et du patriarcat, devait fatalement changer un jour. Aujourd’hui 40 ans après sa souveraineté, notre nation comporte en son sein beaucoup de femmes compétentes, au même titre que les hommes. Tout simplement, après  avoir débuté avec 10%, il ne fallait pas arrêter la marche de l’Histoire et continuer à réparer l’injustice qui a été faite aux  femmes, celles mêmes qui ont combattu aux côtés des hommes pour notre indépendance nationale. Aux hommes qui ont eu le hoquet à l’annonce de cette mesure, qu’ils sachent qu’ils ont à choisir  entre un vieux monde en déclin et un nouveau monde en  émergence. Ils ont à choisir entre des appartenances communautaires secondaires et une identité républicaine essentielle dans la consolidation de l’unité nationale. Le quota de 25% de femmes sonne comme la promesse du renouveau et de régénération démocratique de notre agora nationale. Et c’est un homme qui signe cette tribune. A bon entendeur salut !

Dimbio 

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