Tribune Transformation numérique significative de l’Afrique de l’est : Djibouti est en position de force

7 décembre 2017 8 h 59 min0 commentsViews: 52

Une majorité de pays est-africains a accès à la connectivité internationale via les 6 câbles sous-marins transcontinentaux qui atterrissent à Djibouti. Ces câbles permettent d’acheminer le trafic Internet des « réseaux de diffusion de contenu » ou « CDN » de l’Europe jusqu’à l’Afrique de l’Est via Djibouti. Sauf que la latence (ou le délai de transmission) varie entre 90 à 130 ms suivant le pays d’atterrissage (exemple le Kenya). En conséquence la vitesse de téléchargement sur ces contenus, stockés en Europe, ne peut dépasser au maximum les 10 Mbps. Et 75% des pays est-africains se retrouvent avec une vitesse de téléchargement de 3 Mbps en moyenne.

Ikabal Mohamed Abas, expert Telecom

Ikabal Mohamed Abas, expert Telecom

senior (CCIE) né à Djibouti et diplomé des

grandes Ecoles d’ingenieur en France.

Cet article de réflexion a été présenté

au cours du Forum sur l’intégration régionale.

 

En revanche si les CDN en Europe sont répliqués à Djibouti, la vitesse double au minium, car la latence est divisée au minimum par 2. Le téléchargement se fait de Djibouti, et non plus de l’Europe. Le prix de l’Internet chute au minimum de 50 à 200% dans la région est africaine.

Les CDN sont catégorisés par tailles. L’Afrique dispose de CDN de taille Tier-3 à 5, qui s’alimente sur des CDN Tier-1 en Europe (via les câbles sous-marins de Djibouti par exemple). Le but est de faire atterrir des CDN Tier-1 à Djibouti. Cependant les géants du Web comme le « Gafam » -Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft et autres comme Netflix ou Akamai, considèrent que leur investissement de CDN Tier-1 ne sera pas rentabilisé en Afrique pour diffuser leur contenu. En effet, une vitesse de 3 Mbps permet difficilement un Stream Netflix. De plus, le taux moyen de pénétration en Afrique est de 33% (contre 75-80% pour l’Europe ou les US, voire 95% pour les Emirats).

Or que se passe-t-il si Djibouti lance un plan régional de connectivité ?

Si Djibouti et ses pays voisins se mettent d’accord sur des plans transnationaux de connectivités qui améliorent les statistiques susmentionnées via une intégration habile de la fibre optique et du wifi, la taille et la potentialité technique du marché Est-Africain est plus rentable pour l’attraction de CDN Tier-1 et donc géants du Web.

Ce plan régional de connectivité via Djibouti permettra un développement de la télémédecine, des Hubs ICTS et de la R&D (Recherche et développement) en Afrique.

Pourquoi un plan régional de connectivite via Djibouti et pas le Kenya ou Dubaï ?

Premièrement Djibouti a une meilleure expérience dans les câbles sous-marins depuis les années 80 (le Kenya n’a eu que son premier câble sous-marin en 2009). Deuxièmement par sa stabilité politique et financière et son ouverture internationale basée sur des relations pacifiques. Mais aussi par sa position géographique, Djibouti est le point le plus proche de l’Europe (Paris, Frankfurt et Londres) que nos pays voisins. La latence est la plus courte.

Enfin Djibouti, sous l’impulsion du Président Ismaïl Omar Guelleh, a déjà fait preuve d’une forte implication et expérience dans de nombreux projets d’intégration régionale (chemin de fer, portuaires et même politique comme la réconciliation de Somalie, etc.). La vision 2035 du Président de la République met bien l’accent dessus.

Et pour aller plus loin, un CDN Tier-1 à Djibouti via ses câbles sous-marins peut alimenter un CDN Tier-1 au Kenya ou en Ethiopie. Tout le monde y gagne. Et par ailleurs, nos cerveaux djiboutiens en télécoms peuvent s’exporter sur la région au lieu de faire appel à des experts occidentaux et autres.

Techniquement, le plan est réalisable. Cela s’est produit en Europe de 1998 à 2004. Les fournisseurs Internet européens se sont mis d’accord avec les gouvernements pour développer et stocker le contenu en Europe et pas aux Etats-Unis, où l’Internet a pris naissance. Enfin certains acteurs comme Google ou Cisco ont déjà amorcé cette politique en Afrique.

Djibouti a un potentiel énorme au niveau des télécommunications et trafics portuaires mais aussi les services bancaires et la recherche en médecine.

En ce sens, je souhaite passer un message aux jeunes Djiboutiens : Il ne faut pas croire que l’expérience et le transfert technologique ne doit venir que des pays développés pour s’exporter vers les pays africains. Bien au contraire les challenges en Afrique vous offrent une expérience pluridisciplinaire, très rare ailleurs.

L’expérience acquise à Djibouti sous l’impulsion du développement des câbles sous-marins par le Président de la République, Ismaïl Omar Guelleh, m’a permis d’exprimer mon expertise et mes publications dehors en Europe et aux US. C’est à Djibouti que j’ai pu me spécialiser sur l’interconnexion de l’internet, dans la région à travers les câbles-sous-marins et d’autre projets divers nationaux comme le doublement du débit ADSL en 2011 ou bien le projet Google Education, etc. Ce n’est pas en Europe.

J’encourage donc les jeunes à développer leurs talents à Djibouti, car, d’une part, la motivation est plus forte dans son pays natal, et, d’autre part, l’Etat djiboutien met aussi l’accent sur des mécanismes d’accompagnements des jeunes comme la cellule d’entreprenariat de la chambre de commerce, les formations en alternance de l’UD, la micro finance de la FDED, etc.

J’encourage les jeunes à développer leurs talents à Djibouti ! 

 

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