Tribune : Le statut de la femme avant l’Islam

10 janvier 2018 9 h 03 min3 commentsViews: 187

La pratique atroce de l’infanticide des filles est le symbole ultime de l’oppression des femmes dans l’Arabie dite Jahylia c’est-à-dire préislamique. Aussi effroyable soit-elle, elle ne devrait pas être, pourtant, la seule base pour évaluer le statut de toutes les femmes de cette époque.

En effet, l’Arabie était composée de tribus très diversifiés, allant de la région Nabatéenne jusqu’au Sud de l’Arabie en passant par des régions comme Tihama ou au centre de l’Arabie. Et les droits des femmes, à leur tour, étaient variés selon les coutumes et les traditions dominantes des tribus. Prétendre que les femmes arabes, étaient universellement inférieures aux hommes, et n’avoir absolument aucun droit avant l’Islam est trop simpliste et ne rend pas justice à toutes les femmes de cette période. Leur statut mérite donc une analyse plus attentive. Les manuscrits de l’Histoire très ancienne de l’Arabie ont enregistré des femmes qui ont exercé des fonctions de la plus haute importance politique. Ainsi la reine Balqis du Royaume de  Himyar fut l’exemple type du règne de la femme. Balqis ne fut pas la seule. Zénobie, reine de Palmyre (Jordanie), Zabiba et Samsi (lire Chamsi) reines de Qedar de l’Arabie Nabatéenne, étaient toutes reines de Royaumes de l’Arabie. Plus proche de nous, pendant la Jahylia, certaines tribus étaient nommées par des noms de femmes comme Mezina, Bahilah, Bajilah dans une société, pourtant, essentiellement patriarcale. Plus intéressant, les femmes préislamiques étaient fortement impliquées dans la vie sociale et économique. On ne les connaît pas toutes car souvent elles le faisaient derrière un voile ou tout simplement parce que l’Histoire fut écrite par les hommes. Toutefois, certains noms nous sont parvenus.

En effet, on peut citer Khalidah bint Abd Manaf et Sahar bint al-Nu’man caractérisées par leur sagesse et leur intelligence qui étaient devenues des références pour le règlement des querelles et des conflits entre deux personnes.

Dans le domaine médical, Leyla bint Amr, surnommée « Al-Chaffaa », s’occupait en temps de paix à soigner les malades, et pendant les guerres, soignait les blessés.

Quant à Khawla bint Al-Azwar (sœur de Dirar ibn Al-Azwar, grand guerrier), elle s’est distinguée lors de plusieurs batailles et ses exploits ont été relatés par plusieurs sources. Et qui ne connaît Khadija Bint Khuwaylid, grande femme d’affaire dotée d’une grande sagesse et d’une forte personnalité qui géra ses richesses et celles de ses frères et sœurs à la mort de leur père. On estime sa richesse au tiers de la richesse de la ville de Quraish. Khadija employait sous son empire commercial de centaines d’hommes dont le Prophète Mohamed (PBSL) qui devint par la suite son époux. De même, Fila Al-Anmarya étaient une commerçante qui s’occupaient elle-même des ventes et des achats de ses marchandises et négociait avec les créanciers. La poésie arabe, l’âme des Arabes, est, sans doute, le domaine où les femmes ont laissé des traces indélébiles. C’est le cas d’al-Khansa très connue pour son éloquence. Ses élégies à la mémoire de ses deux frères (Sakhr et Muawiya) tués dans des combats entre leur tribu et des tribus rivaux ont traversé le temps.  Al-Basus, quant à elle, a enflammé une guerre pour une histoire de chamelle rien qu’avec des mots. Ainsi, Al-Isfahani dans son recueil « kitab al-aghani » (le livre des Chansons) a rapporté qu’Al-Basus, folle de rage, demanda a ce que le déshonneur de son invité soit effacer en chantant ces vers :

« Par Dieu, si je m’étais réveillée

sur les terres de Munqiḏ

… Sa‘d n’aurait point subi d’injustice

alors qu’il est mon client

Mais je me suis réveillée

en terre d’exil

…    Et quand le loup attaque, il s’en prend à mes brebis

Sa‘d, ne te fais point d’illusions et pars céans :

… Ceux auprès desquels tu as demandé protection font les morts face aux obligations

Prends mes quelques chamelles, car je crains fort

…    Qu’ils ne se saisissent traîtreusement de mes petites filles »

Une guerre, appelée par la suite « guerre d’Al-Basus », s’ensuit opposant deux tribus du Sud de l’Arabie, les Banu Bakr et les Banu Taghlib. Elle dura une quarantaine d’années et marquera les tribus arabes à tel point qu’une expression proverbiale en est née « لا ناقة لي فيها ولا جمل » (je n’ai ni chamelle ni chameau (dans cette affaire)) et qui signifie « je ne gagne rien de cette histoire». Poètes, commerçantes, femmes d’affaires, soldats, médecins, ces femmes ont réussi à s’imposer dans un environnement à forte dominance masculine.

Toutefois, il est à noter qu’elles sont souvent issues d’un milieu « aisé » d’où leur nombre relativement limité. L’avènement de l’Islam a donc non seulement permis à ces femmes de continuer leur activité mais  a aussi créé une dynamique d’émancipation pour les autres grâce à une série de lois dont la plus révélatrice est celle sur la disposition libre de la femme de son héritage et donc de l’accès à son indépendance financière.

Rami Kassim Saïd 

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