Tribune : « Djibouti adhère totalement au principe de la médiation en tant que moyen de règlement pacifique des conflits »

2 septembre 2018 9 h 58 min0 commentsViews: 94

Mohamed-Siad Doualeh Warsama, ambassadeur de Djibouti accredité à Washington et representant permanent auprès des Nations Unies.

L’ambassadeur  de Djibouti accredité à Washington, aux Etats-Unis, et représentant permanent auprès des Nations Unies, Mohamed-Siad Doualeh Warsama, a prononcé mercredi 29 août dernier un important discours devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

Une allocution au cours de laquelle le diplomate djiboutien a réaffirmé d’emblée la totale adhésion de notre pays au principe de la médiation en tant que moyen de règlement pacifique des conflits. On reproduit ci-après la quintessence des propos qu’il a tenus face au Conseil de sécurité de l’ONU.

« Djibouti est très reconnaissant de l’occasion qui lui est donnée de s’exprimer devant le Conseil sur la manière dont il peut soutenir plus efficacement la médiation en tant que moyen de règlement pacifique des différends.

Mon gouvernement voudrait remercier Lord Ahmed de Wimbledon et la délégation du Royaume-Uni d’avoir soumis ce sujet important au Conseil. Par coïncidence, ce débat public sur la médiation et le règlement des différends a lieu alors que nous continuons à déplorer la perte d’un dirigeant vraiment inspirant, le regretté Kofi Annan, qui non seulement a immensément contribué à la paix dans le monde en tant que Secrétaire général, à la médiation et aux résolutions de crise dans de nombreuses régions du monde.

Nous, à Djibouti, lui serons toujours reconnaissants pour le soutien qu’il a apporté en 2000 au processus de paix de l’IGAD dirigé par Djibouti, appelé Processus de paix d’Arta, qui porte le nom d’une ville appelée Arta à 30 km de la ville de Djibouti. Son soutien et celui du Conseil de sécurité ont joué un rôle crucial dans le succès du plus grand processus de paix somalien (plus de 3000 délégués réunis à Arta). Elle a abouti à la formation du Gouvernement national de transition et a servi de base à la paix et à la réconciliation nationale en Somalie.

Les vues de Djibouti sur la médiation s’appuient sur son implication longue et continue dans les processus de paix et de règlement des conflits dans la région et sa participation récente à une médiation de six ans menée par le Qatar pour résoudre un différend territorial et des questions connexes entre Djibouti et l’Érythrée. La médiation s’est soldée par un échec. Mais il y a d’importantes leçons à en tirer.

Tout d’abord, la médiation n’est pas pour les amateurs. Cela nécessite des compétences spéciales perfectionnées par l’expérience. Elle ne peut être exécuté avec succès par n’importe qui, aussi bien intentionné soit-il.

C’est pourquoi Djibouti se félicite de la création d’une plate-forme de partage d’expériences et d’apprentissage entre les membres de la liste des médiateurs de l’IGAD, les membres de l’Union africaine du Groupe des sages et les membres des mécanismes régionaux / CER des PAN. Nous saisissons cette occasion pour féliciter ceux qui ont participé à l’élaboration des Lignes directrices stratégiques sur le document de médiation, qui serviront essentiellement à emprunter les mots du Dr Garang pour «informer les médiateurs des mesures à prendre pour parvenir à une intervention professionnelle, impartiale et efficace dans les conflits, les processus de prévention et de médiation ».

Plus important encore, Djibouti se félicite de la création par le Secrétaire général d’un Comité consultatif de haut niveau sur la médiation et prie instamment le Conseil de lui apporter le maximum de soutien. Les États et les organisations internationales appelées à jouer un rôle de médiateur dans les différends internationaux devraient être encouragés à rechercher la participation et l’assistance actives du Secrétaire général et du Conseil de haut niveau.

Deuxièmement, les États en litige doivent s’engager dans le processus. Le service des lèvres ne suffit pas. Les médiateurs ne peuvent réussir lorsque l’une des parties refuse de nommer des représentants, de se présenter à des réunions ou de coopérer aux efforts d’établissement des faits du médiateur.

Troisièmement, il doit y avoir une responsabilité et des conséquences. Les États participants doivent être informés qu’ils seront tenus responsables de leur non-participation au processus et qu’ils auront des conséquences significatives s’ils n’agissent pas de bonne foi.

Quatrièmement, il doit y avoir une limite de temps. Autrement, la médiation peut durer des années – six dans notre cas – sans que des progrès significatifs soient réalisés.

Les médiateurs n’admettent pas facilement l’échec. Un parti cynique peut exploiter la couverture offerte par la médiation pour élargir, plutôt que d’accélérer, le processus de règlement, et éviter, plutôt que de contribuer, à une résolution à l’amiable. Les délais limitent ces deux problèmes.

Cinquièmement, il faut comprendre dès le départ que l’on aura recours à une autre des procédures de règlement énumérées à l’Article 33 de la Charte si la médiation échoue. La médiation aura de meilleures chances de succès si les parties comprennent que la conséquence de l’échec n’est pas l’impasse continue, mais l’arbitrage ou le contentieux. L’objectif fondamental n’est pas la médiation pour la médiation, mais le règlement du différend. Si la médiation échoue, le règlement doit être poursuivi par d’autres moyens pacifiques.

À cet égard, nous attirons l’attention sur la décision prise par le Secrétaire général, en janvier 2018, à la suite de l’échec du processus des bons offices – une forme de médiation – pour résoudre la controverse entre le Guyana et le Venezuela- à la Cour internationale de justice. Cela garantit un règlement définitif et contraignant – et pacifique du différend.

Un autre précédent notable est la médiation entre le Guatemala et le Belize menée par le Secrétaire général de l’Organisation des États américains. L’accord conclu à la suite de ce processus prévoyait que, si les parties n’étaient pas en mesure de régler leur différend territorial de longue date, elles le soumettraient à la résolution de la Cour internationale de Justice. Djibouti comprend que les deux États sont en train de s’acquitter de leurs obligations constitutionnelles respectives afin que la Cour puisse régler la question.

Dans le même esprit, Djibouti a proposé que le Secrétaire général, avec l’appui du Conseil et éventuellement du Conseil de haut niveau, entreprenne un nouvel effort de médiation limité dans le temps pour parvenir à un règlement final entre Djibouti et l’Érythrée. à condition que, si un accord s’avère impossible à atteindre, le différend soit soumis à un arbitrage exécutoire ou à la CIJ.

Djibouti et tous les membres du Conseil se joignent à vous pour appuyer le règlement pacifique des différends, conformément au droit international, par les moyens énoncés à l’article 33. La médiation est l’un de ces moyens et, comme tel, cela mérite nos encouragements. Tout comme l’arbitrage et le règlement judiciaire, lorsque la médiation est indisponible ou inutile ».

 

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