Tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016 en Turquie : Entretien avec… M. Sadi Altinok Ambassadeur de la Turquie à Djibouti

17 juillet 2017 8 h 55 min0 commentsViews: 11

« Le putsch du 15 juillet a échoué grâce à la résistance du peuple turc »

La Nation : Quelle  signification donnez-vous au 15 juillet 2016, Monsieur l’Ambassadeur?

M. Sadi Altinok, ambassadeur de la République de Turquie :- La date du 15 juillet 2016 a coïncidé avec la tentative de coup d’Etat perpétré en Turquie par le groupe terroriste Gülenist (FETÖ). Le putsch a duré toute la nuit et a échoué grâce à la résistance du peuple turc. Nous commémorons le premier anniversaire de cette victoire du peuple turc. Nous luttons encore pour surmonter le traumatisme de cette menace existentielle pour notre pays.

Pouvez-revenir sur le fil de cet événement?

Le 15 juillet n’était pas un putsch militaire typique. Lors des premières observations d’avions de combat survolant Ankara et Istanbul, il y avait quelque chose de troublant. Dans les heures suivantes, ce sentiment a été confirmé par la réalité horrifiante qu’il s’agissait d’un coup d’État militaire. Et que les auteurs de cette hideuse entreprise étaient réellement composés des disciples de Fetullah Gülen, l’homme qui s’est autoproclamé  «Imam de l’Univers “. Les auteurs du putsch ont utilisé du matériel militaire contre des civils innocents qui sont descendus sur la rue pour défendre leurs institutions démocratiques.

Les putschistes ont tué des militaires sans méfiance qui les ont pris pour leurs camarades d’armes et les commandants qui ont refusé de participer à leur tentative de coup d’Etat. Ils ont également utilisé des avions de combat pour bombarder le Parlement turc, le Compound présidentiel, le Quartier général national du renseignement, le quartier général des Forces spéciales afin d’annihiler toute résistance contre eux. Ils ont tenté d’assassiner le président et le premier ministre de la Turquie.

Quel bilan tirez-vous, un an après, du putsch survenu dans la nuit du 15 juillet 2016 en Turquie ?

Permettez-moi de vous dire que la nuit du 15 juillet 2016 fait partie des pages noires de l’histoire de la Turquie. Toute la nation turque en a été affectée. Cette nuit là, les putschistes ont tué 249 citoyens turcs et blessé plus de 2000 autres.

Le 15 juillet 2016 a été une épreuve de force et de persévérance pour la nation turque. La démocratie turque et l’Etat de la Turquie en sont sortis grandis. Cela nous rend fiers d’avoir dépassé ce coup du sort. Tous les partis politiques, tant au sein du gouvernement que dans l’opposition, les éléments non infectés des forces armées, de la police et des médias se sont opposés aux auteurs de la tentative de coup d’Etat.

Pouvez-vous nous parler du groupe Gulenist? Est-ce une organisation religieuse ?

Ces soi-disant «Gülenists» (FETÖ) constituent un cas typique de radicalisation vouée au culte de la personnalité. Ils croient que Fetullah Gülen est le «Messie» et qu’ils sont la «génération d’or». Leur loyauté ne revient qu’à lui, ce qui les contraint à enfreindre les codes juridiques, religieux ou éthiques afin de favoriser les intérêts de ce groupe. Ils ont également excellé dans la dissimulation de leur affiliation au groupe Gulenist afin qu’ils puissent pénétrer tous les cercles de la nation turque sans éveiller les soupçons de quiconque. En d’autres termes, FETÖ (Fetullah Gülen Terrorist Organization) est une organisation terroriste de nouvelle génération fondée sur l’hypocrisie, la dissimulation et le secret.

Quand l’Etat de la Turquie a-t-il entamé la lutte  contre le groupe Gülenist ?

En fait, le gouvernement turc avait déjà pris des mesures contre cette organisation religieuse et terroriste et ses ressources financières avant le 15 juillet 2016. La fermeture des écoles préparatoires a été un énorme coup contre cette structure. Puisque ces écoles étaient les principaux centres de recrutement et une source financière majeure pour FETÖ. La décision a été suivie d’une série d’enquêtes administratives et judiciaires sur les aspects criminels de l’organisation. Qu’il s’agisse de leurs tromperies à grande échelle lors des tests d’admission au sein d’institutions publiques, de leurs écoutes électroniques illégales, de leurs opérations de blanchiment d’argent,  et de bien d’autres. Les autorités policières et judiciaires  ont également pris des mesures pour démasquer les membres de FETÖ et les présenter devant la justice.

Vous avez dit que la Turquie luttait encore pour surmonter le traumatisme de la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016. Quel en est l’impact un an après ?

Ce qui était choquant pour nous, c’était l’ampleur de la pénétration des putschistes dans les forces armées turques. Leur audace, consistant à attaquer les institutions de l’Etat turc, et leur brutalité étaient presque surréalistes. En d’autres termes, les soubresauts de la nuit du 15 juillet 2016 ont été autant de révélations sur la menace terroriste qui visait les fondements mêmes de l’Etat turc.

Les membres de FETÖ avait en fait «infiltré toutes les sphères du système sans que personne ne remarquât leur existence», comme l’avait préconisé leur chef Fetullah Gülen.  Ils siégeaient au sein de presque « tous les centres de pouvoir» de la Turquie. Ce faisant, ils étaient comme l’infection causée par un virus qui saisit progressivement les organes vitaux d’un corps.

Maintenant, après une année d’enquêtes administratives, criminelles et judiciaires approfondies, nous pensons que nous avons une meilleure compréhension de ce qui s’est passé le 15 juillet 2016, et des responsables derrière tout cela. Il y a 78 affaires judiciaires en cours dans 23 provinces différentes en ce qui concerne les auteurs de la tentative de coup d’Etat.

Quels efforts le gouvernement turc a-t-il consentis pour contrer le groupe Gülenist ? 

Au cours de la dernière année, les activités criminelles de FETÖ ont également fait l’objet d’une enquête dans plus d’un millier d’affaires judiciaires différentes, mettant en évidence les entreprises plus sombres de l’organisation.

Confondre une structure, aussi sinistre que clandestine, n’est pas facile. Le gouvernement turc prend à juste titre des mesures nécessaires et proportionnées pour éradiquer cette menace d’insécurité.

À ce jour, plus de 300 établissements fermés ont été ré-ouverts. Plus de 30 000 fonctionnaires ont été réintégrés par le biais des conseils d’administration.

Nous poursuivons également notre coopération dans un esprit de dialogue constructif avec les mécanismes internationaux, y compris le Conseil de l’Europe, l’ONU et l’OSCE.

Donc, vous considérez le groupe Gülenist comme une organisation terroriste.

Oui, et nous sommes déterminés à lutter contre FETÖ avec trois choses qu’ils méprisent le plus: l’Etat de droit, la moralité et la démocratie. Nous aspirons à le faire, tandis que nous luttons simultanément contre les organisations terroristes les plus dangereuses, c’est-à-dire le PKK et DAESH.

Quelle est la position du Gouvernement de Djibouti à ce sujet?

Le gouvernement de Djibouti, depuis les premiers jours de la tentative de coup d’Etat, n’a pas hésité à soutenir le gouvernement légitime turc démocratiquement élu. Le président de la République de Djibouti, M. Ismaïl Omar Guelleh, bien qu’étant en ce moment-là  dans une tournée à l’étranger, a été l’un des premiers leaders mondiaux à faire une déclaration dans ce sens. J’ai exprimé ma gratitude pour ce soutien immédiat dans plusieurs de mes déclarations. Et je voudrais répéter la même chose ici.

De même, le ministre turc de l’Économie, M. Nihat Zeybekci, a également exprimé des points de vue similaires lors de sa visite à Djibouti en décembre 2016. Je crois que la solidarité démontrée a contribué au renforcement des liens d’amitié et de fraternité entre nos deux pays et du partenariat stratégique djibouto-turc. Merci Djibouti.

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