Sécurité Alimentaire à Djibouti : Sortir de la dépendance

20 avril 2017 9 h 02 min0 commentsViews: 186

Tout ce que nous mangeons est issu de la terre et l’agriculture a toujours été un enjeu majeur pour l’humanité. A tel point qu’il est aujourd’hui une urgence planétaire car, selon l’ONU, notre terre devra nourrir plus de 9 milliards de bouches dans le monde en 2050.

Une urgence qui se traduit par une nouvelle donne internationale en matière de politique agricole qui appelle a une conscience nationale des pays.

Autrement dit, aider les pays vulnérables à planter chez eux leurs nourritures dès maintenant, puisque les grands pays producteurs agricoles, qui seront eux aussi confrontés à l’augmentation de leur population, ne seront plus, le changement climatique accentuant, en mesure de subvenir aux besoins alimentaires des pays pauvres. Ce qui revient à dire : “ demain, je ne pourrai ni te nourrir ni te vendre mes produits agricoles, alors laboure ta terre dès à présent”.

Plusieurs pays à l’agriculture peu développée, notamment africains, ont retenu le message et ont entrepris, durant ces 8 dernières années, à travers un plan national objectif et réaliste, le développement de leur secteur agricole dont le principal objectif est de rendre la population nationale moins dépendante de l’extérieur en alimentation. C’est le cas du Maroc, du Burkina-Faso, du Niger, pour n’en citer que ceux-là, grâce à un investissement dans les énergies renouvelables et à une utilisation rationnelle et sérieuse des fonds internationaux et nationaux prévus à cet effet.

Qu’en est-il aujourd’hui dans notre pays ? La cuisine djiboutienne doit-elle continuer à dépendre éternellement, entièrement et totalement des produits agricoles de notre voisin éthiopien ? Ou avons-nous, nous aussi, cette noble et légitime ambition de faire de notre terre la nourrice de ses enfants ?

Convenez avec moi, mes chers compatriotes, que dépendre totalement de l’extérieur constitue une précarité.  Précarité que nous avons tous ressentis très récemment dans nos foyers quand la tomate éthiopienne n’était plus au rendez-vous sur nos marchés ou encore l’an dernier, avec l’absence des piments verts. Précarité que nous vivrons peut-être aussi demain avec les oignons, la salade ou les pommes de terre ? Croyez-moi, mes chers compatriotes, oui, notre pays, avec ses milliers de mètres carrés de terre arables et vierges, avec ses milliers de mètres cubes d’eau souterraine, avec ses innombrables plaines et oueds qui finissent dans la mer, possède bien des potentialités agricoles capables de nous offrir l’essentiel des ingrédients de la cuisine, pour peu qu’il existe en nous la volonté de voir.

Rassurez-vous, mes chers compatriotes, oui, il existe bel et bien aujourd’hui dans notre pays, une jeunesse, particulièrement rurale, qui éprouve cette noble ambition de faire de notre sol, le grenier de notre peuple. Une jeunesse qui refuse et réfute cette vieille thèse coloniale qui consiste à dire que notre pays n’est que désert infernal, aridité stérile qui ne peut rien nous offrir.

Oui, il est possible de sortir définitivement la cuisine djiboutienne de cette honteuse attente hebdomadaire des fruits et légumes éthiopiens. Oui, il est tout à fait possible de produire ici, chez nous, nos tomates, nos piments, nos pommes de terre, nos salades, tous les légumes de notre cuisine et tous les fruits tropicaux.

Enfin, impossible n’est pas djiboutien. Tout est dans nos capacités à trouver des solutions durables pour notre agriculture. D’où le plaidoyer en faveur d’une

agriculture qui ne soit pas énergivore, consomme  d’autres énergies que le pétrole, préserve la qualité de l’eau et des sols, de l’exploitation rationnelle des eaux profondes à des fins agricoles allant de pair avec le renforcement de la sécurité hydraulique, de l’appropriation collective des techniques d’agriculture intensive et leur mise en application sur des terres arables de plusieurs hectares en lieu et place des périmètres actuels destinés à l’autoconsommation.

Autant de préalables dont la satisfaction permettra l’émergence d’une filière agricole qui soit à la fois professionnelle et productive sous les cieux djiboutiens. Toujours est-il que l’atteinte de cet objectif suppose la mobilisation des compétences nationales en vue de l’élaboration puis l’exécution d’un plan national d’investissements  agricoles, susceptible de répondre aux attentes des acteurs du secteur et des consommateurs djiboutiens.

Mohamed Abdoulkader Hassan 

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