Saada Ibrahim Houmed : Rescapée de la fusillade du 2 mai 1976 à Tadjourah

10 mai 2017 7 h 48 min0 commentsViews: 132

La souveraineté de notre nation a été le fruit d’énormes sacrifices. Il est donc de notre devoir de rendre à tout moment un hommage à la mémoire de tous ceux ou celles qui ont sacrifié leur vie pour cette noble et juste cause qu’est l’indépendance. Certains sont connus mais d’autres sont restés anonymes. Mme Saida Ibrahim Houmed c’est son nom, joua un rôle majeur dans la lutte contre le colonialisme. Elle fut de celles qui ont combattu pour cette indépendance chèrement acquise et qui est restée dans l’anonymat. Elle est une rescapée de la fusillade du 2 mai 1976 à Tadjourah, lors de la visite des observateurs de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Portrait.

Née le 24 décembre 1954 dans l’un des plus vieux quartiers de la capitale, le quartier 4, Saada Ibrahim a d’abord fréquenté l’école de Boulaos jusqu’en classe de CM2. La famille de l’ancien policier Ibrahim Houmad déménage de la capitale pour s’installer à Tadjourah. Saida n’avait que 12 ans. Installé dans la ville blanche, elle abandonne les études et s’inscrit au “Foyer social’’ de Tadjourah, une école des sœurs de la mission catholique. «J’avais une certaine connaissance de la langue française, et je m’exprimais bien même!» dit-elle, ce qui n’est pas faux. Sur les conseils des sœurs du foyer social, elle se met à apprendre la couture, la cuisine…etc. Trois années plus tard, son diplôme de ménagère en poche, elle devient d’abord monitrice à l’école de la mission catholique avant de travailler avec la femme du commissaire de Tadjourah, une certaine Mme Delmotte, fondatrice d’une cellule de la Protection Maternelle et Infantile (PMI) dans cette ville.  «J’étais engagée comme interprète bénévole et je participais aux campagnes de sensibilisation pour les allaitements. Petit à petit, j’ai appris le métier. Et c’est seulement en 1971 que j’ai été engagée auprès du ministère de la santé en qualité d’aide soignante!», se souvient-elle.

Son grand frère étant un des membres fondateurs du Mouvement Populaire de Libération (MPL) en 1975, elle se rapproche ainsi de plus en plus du mouvement. Elle participe ainsi à plusieurs manifestations et s’illustre par son opposition à la politique coloniale. Avec les éléments indépendantistes, elle participait aussi à la préparation des banderoles. «Je me suis mariée le 16 Août 1975 M. Houmed Mohamed Ali, un membre actif du MP et  c’est ainsi que les réunions et les préparations de banderoles pour les manifestations avaient lieu chez moi!»,  se rappelle-t-elle.

Nous sommes le 2 mai 1976, la population de la ville blanche se prépare pour accueillir la délégation des observateurs de l’OUA.  Saida et les indépendantistes du MPL et son mari, M. Houmed Mohamed Ali écrivent sur des banderoles des mots  comme «Oui à l’indépendance!» «Non à la France!» «Vive MPL!» ……etc. «Nous n’avons pas dormi la nuit, et tôt le matin, nous nous sommes divisés en plusieurs groupes pour mobiliser la population! Nous avons caché les banderoles sous nos vêtements! Elles étaient destinées à être dépliées lorsque le cortège des observateurs de l’OUA s’approcherait» dit-elle.

Selon son récit, vers midi, les voitures des militaires et des policiers coloniaux commencent à faire des va-et-vient le long de la principale artère de la ville de Tadjourah pour surveiller la population mobilisée massée sur les bords de la voie. Toute manifestation était interdite.

A l’approche de la délégation, Saida déplie la banderole qu’elle avait précieusement cachée sous sa robe. Les forces coloniales ont reçu l’ordre de tirer pour faire place nette avant l’arrivée de la mission de l’OUA. «C’est donc à ce moment-là que les militaires placés devant nous commencèrent à ouvrir le feu. Nous étions au nombre de quatre blessées par balles réelles, ce jour là! Il y avait moi qui ai reçu une balle au niveau de l’abdomen, Kamissi Fatouma (mère de l’un des révolutionnaires le plus coriaces contre les colons, le défunt Mohamed Abdallah Bourhan) blessée au foie, Malika Mahamade blessée aux bras et un petit garçon, je n’ai plus son nom en tête mais qui était lui aussi touché au niveau de l’abdomen! Nous étions tous dans une situation grave, et on nous a évacués d’urgence par hélicoptère vers l’hôpital Peltier.

On nous a opérés et retiré les balles. Malgré une seconde opération en 2010 à Sanaa, je porte encore des éclats dans mon corps! Avant, je ne les sentais pas, mais maintenant avec l’âge, ils commencent à se faire sentir!», dit-elle. Rappelons que c’est ce jour-là qu’un jeune militant du mouvement populaire est tombé sous les balles de la police : Doudou.

Femme pieuse, Saada parle sans colère de ces années-là. Elle avait vingt et partageait avec ses camarades des rêves de liberté.

Rachid Bayleh 

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