Ramadan et Diabète : Entretien avec…Dr Houssein Mohamed Madar

17 mai 2018 10 h 11 min0 commentsViews: 274

Dr Houssein Mohamed Madar est un médecin spécialisé en endocrinologie diabétologie et maladies métaboliques.  Il officie actuellement en tant que spécialiste dans sa discipline au service d’endocrinologie au sein de l’Hôpital Général Peltier. Dr Madar, en plus d’être endocrinologue, détient une spécialité en obésité et diabétologie de l’Université de Sherbrooke (Québec). Il poursuit dans cette même Université de Sherbrooke un doctorat en recherche clinique et s’intéresse à la prévention et gestion des maladies cardiométaboliques.Dans cet entretien, il nous dévoile les éléments essentiels à savoir sur la prévention et la gestion du diabète.

« Le diabète reste une maladie qui ne se guérit pas mais qui se soigne très bien » 

Pouvez-vous nous parler succinctement de cette maladie qu’est le diabète ?

Le diabète est une maladie chronique qui se caractérise par un excès du sucre dans le sang de façon permanente.  Cette dernière peut résulter d’un défaut au niveau de la sécrétion d’insuline c’est le diabète de type 1, ou d’un défaut au niveau de l’action de l’insuline sur les cellules cibles tels que les muscles c’est le diabète de type 2 qui est le fréquent.

Quels sont les signes annonciateurs de diabète ?

En général, le diabète se manifeste par des signes frustres caractérisés par une asthénie, un amaigrissement, une émission trop fréquente d’urines (polyurie), une soif et aussi une polyphagie qui consiste à manger plusieurs fois dans la journée tout en maigrissant pour certains cas.

Qu’en est-il des facteurs favorisant ou prédisposant au diabète ?

Tout d’abord, le diabète est favorisé par une prédisposition génétique. Le diabète de type 1 survient pour donner suite à une réaction anormale du système immunitaire qui détruit les cellules de Langerhans du pancréas sécrétant l’insuline. En revanche, la survenue du diabète de type 2 est essentiellement liée au mode de vie à savoir un surpoids, une sédentarité et une alimentation inadéquate.

Le diabète est-il une maladie difficilement détectable très surtout dans notre contexte djiboutien où les gens ne font pas systématiquement un bilan de santé ?

Le diagnostic du diabète est confirmé par le dosage du taux de sucre dans le sang (glycémie) s’il est au-delà de 1,26 g/l à jeun à 2 reprises. Très souvent, les symptômes du diabète peuvent manquer peuvent manquer pendant plusieurs années surtout pour le diabète de type 2 mais l’hyperglycémie chronique est nuisible et engendre des complications. Donc, il est difficile de faire le diagnostic chez les personnes qui ne font pas de bilan régulier.

Peut-on guérir du diabète ? Y’a-t-il une solution miracle ?

Malgré la recherche médicale qui avance tous les jours, le diabète reste une maladie qui ne se guérit pas mais qui se soigne très bien. Il faut donc toute sa vie, garder de bonnes habitudes alimentaires, une activité physique régulière, prendre régulièrement ses médicaments, et avoir un suivi régulier avec son praticien.

Quelles sont les actions que vous préconisez dans le cadre de la gestion et de la prévention du diabète dans votre pratique médicale ?

Dans notre plateau technique à l’hôpital général Peltier, nous avoir un bon circuit pour les patients souffrant de diabète avec des consultations multidisciplinaires conjointes avec les nutritionnistes du service mais nous coordonnons nos activités avec nos collègues cardiologues, ophtalmologues, néphrologues et chirurgiens. Notre objectif principal est de renforcer l’autogestion des patients à mieux se prendre en charge face au diabète en leur donnant les outils nécessaires. Le but principal est de prendre en charge exclusivement les patients avec un diabète de type 1 et type 2 déséquilibré pour leur faire bénéficier des dernières lignes directrices du traitement du diabète et aussi des dernières avancées de l’insulinothérapie intensive de type basale bolus, et dans un proche avenir l’insulinothérapie fonctionnelle et pourquoi pas les pompes d’insulines. De plus, nous hospitalisons 4 à 5 jours systématiquement les patients dont leur équilibre est impossible en ambulatoire pour intensifier le traitement.

L’équilibre rapide est important pour que le corps ne s’habitue à l’hyperglycémie car cela fait progresser à bas bruit les complications chroniques à savoir l’atteinte des yeux (rétinopathie), des reins (néphropathies), des nerfs (neuropathies) et cardiaques (infarctus de myocardes souvent indolores). J’insiste particulièrement à hospitaliser des patients sans altération de l’état général mais avec un fort déséquilibre (moyenne de la glycémie des 3 derniers mois élevée, HbA1c plus de 12 %) pour leur éviter les complications dégénératives du diabète. Cela permet surtout de diminuer le coût de la santé qui est nettement plus élevé lorsqu’il faut prendre en charge les patients aux stades des complications.

Enfin, nous mettons en place des consultations thématiques comme des consultations spéciales pour le diabète et grossesse et coordonnons les activités avec les gynécologues et aussi des consultations de maladies thyroïdiennes ou encore des consultations spéciales pour la prise en charge de l’obésité qui est à ses premiers pas.

Que conseillez-vous à nos lecteurs et, au-delà aux populations en vue de prévenir le diabète ?

Pour prévenir le diabète le slogan c’est «bien manger et bouger ». Manger 3 repas par jours, manger équilibré en consommant au moins 5 fruits et légumes par jour ; 2 à 3 fois par jour un produit laitier ; un féculent (céréale et tubercule) à chaque repas ; 1 à 2 fois par jour de la viande, du poisson et des œufs ; l’eau à volonté et limiter les matières grasses, le sel, les boissons caloriques sucrés, l’alcool et le tabac. Bouger en faisant une activité physique régulière. L’activité physique n’est pas forcément synonyme de sport. Elle consiste en une marche rapide, à monter des escaliers, à faire du ménage, à jardiner, à aller chercher les enfants à l’école à pied, à faire une balade en famille, à rendre visite dans le quartier à pied plutôt qu’en voiture.

L’équivalent d’au moins 30 minutes de marche rapide par jour permet de diminuer le risque de développer un diabète de type 2. Pour les différentes personnes qui nous ont consultées savent très bien que nous n’aimons pas utiliser le mot « régime» qui renvoie à une dimension de restriction difficilement tenable.

Nous parlons plus du terme des saines habitudes de vie. Les recommandations que nous donnons à nos patients consistent à des conseils que tous les membres de sa famille peuvent utiliser.

Nous sommes au début du Ramadan, quels conseils pouvez-vous donner aux personnes atteintes de diabète ?

La question du jeûne et du diabète est complexe et il n’est pas possible d’apporter une réponse simple. En tant que clinicien et en vue de toutes les études, je ne conseillerais pas un diabétique de type 1 ou 2 de jeûner. Cependant, lorsqu’un patient prend la décision de jeûner, nous avons la responsabilité de l’accompagner en tenant compte du nombre d’heures de jeûne, la chaleur très variables, le traitement prescrit et l’équilibre du diabète.

Ces deux dernières variables étant personnelles cela nécessite donc un conseil individualisé. Il est recommandé de prendre un avis médical avant le début du jeûne du mois de Ramadan. C’est le médecin qui, en prenant compte tous ces paramètres, en compromis avec le patient décideront si le jeûne est possible.

Ceci étant dit, pouvez-vous nous rappeler quels sont les risques liés au jeûne pour les personnes atteintes de diabète ?

La majorité des études internationales ont démontré que le principal risque couru par les personnes atteintes de diabète durant cette période est une augmentation de deux complications aigues : l’hypoglycémie (quand le taux de sucre sanguin est trop bas) et l’hyperglycémie (quand le taux de sucre sanguin monte trop haut). Ces deux complications peuvent conduire au coma et à la mort.

L’étude EPIDIAR, qui a été réalisée dans

13 pays pendant la période du Ramadan, a démontré que les patients diabétiques de type 1 qui pratiquaient le jeune présentaient 4,7 fois plus de risques d’hypoglycémies sévères et 7,5 fois plus pour les patients diabétiques de type 2.

Le risque d’hyperglycémie, quant à lui, pendant cette période, était multiplié par 3 chez les patients diabétiques de type 1 et par 5 chez les diabétiques de type 2.

Enfin, il ne faut pas oublier que le jeune veut dire aussi ne pas boire et par conséquent un risque de déshydratation qui peut, chez les patients souffrant de diabète, entrainer une 3ème forme de coma que l’on appelle le coma hyperosmolaire qui est très grave chez les aînés et souvent mortels.

Lorsqu’un patient est diabétique désire jeûner, comment analysez-vous la situation pour mieux le conseiller?

Il s’agit d’une analyse qu’un médecin diabétologue peut effectuer en classifiant le risque de diabète. Pour être tout à fait claire, lors d’une consultation médicale, qui doit être réalisée avant le démarrage du jeûne, le médecin va évaluer les risques qui sont généralement classés en 3 catégories :

– Les patients à risques très élevés (en présence d’une hypoglycémie ou d’une hyperglycémie sévère, une glycémie mal contrôlée ou une maladie associée au diabète dans les 3 mois précédent le jeûne) pour lesquels le jeûne n’est pas indiqué.

– Les patients à risques élevés (hyperglycémies modérées, une insuffisance rénale, des complications chroniques ou si le patient est âgé et fragile) pour lesquels le jeûne est aussi contre indiqué.

– Les patients à risques modérés ou faibles (diabète très bien équilibré et n’ayant pas d’autres pathologies associées au diabète). Dans ce cas précis, si le patient désire jeûner, le médecin a l’obligation de l’accompagner et d’effectuer une surveillance spécifique.

Elle consistera à organiser les repas, l’hydratation, et d’adapter le traitement pour éviter les hypoglycémies. Cette surveillance doit se poursuivre durant tout le mois de Ramadan.

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