Radioscopie de la littérature djiboutienne d’expression française

3 mai 2016 8 h 49 min10 commentsViews: 439

Dans un ouvrage, intitulé « émergence de la littérature djiboutienne d’expression française », Dr. Hibo Moumin Assoweh, qui est directrice du Centre de Recherche Universitaire de Djibouti (CRUD), retrace la genèse mais aussi l’évolution de la littérature d’expression française à Djibouti.

En introduction, l’auteur pose la singularité de notre pays : « Djibouti, seul ilot francophone de l’Afrique de l’Est, appartient à cette région de la corne où la parole a toujours la part belle. Et la culture orale des pasteurs nomade est la mémoire collective. Pendant longtemps,  les récits  français  couvrent en  exclusivité les chroniques des terres brulées du Territoire Français des Afars et des Issas  (TFAI). Les voix nationales ne surgissent  qu’aux lendemains d’une indépendance tardive (1977). Si elles sont nombreuses à arracher la langue  de l’écrit pour raconter les nouvelles légendes de la terre natale lors des années 1990, la critique littéraire reste pourtant balbutiante  voire muette sur le territoire djiboutien ».

Dans cet ouvrage très dense de 320 pages, Hibo Moumin pose une problématique essentielle à savoir les caractéristiques de la  littérature   d’expression française. Elle effectue un état des lieux des publications littéraires et enquête sur l’histoire de son émergence.   Selon elle  la littérature  francophone de Djibouti est jeune  et dynamique. Logée à la même enseigne que l’histoire de l’indépendance, elle apparaît tardivement en 1959. Portée par quatre générations successives, son histoire se construit sur quatre temps. La période fondatrice s’étale  de 1959 à 1972.

Les pionniers, auteurs des premiers écrits en langue française, sont l’ancêtre poète  William  Joseph Farah Syad ( avec son recueil de poésie Khamsin) et les deux vétérans Houssein Abdi Gouled  et  Abdillahi Doualeh Wais alias Iftin. Les années 1980 forment une décennie fondamentale qui enregistre un élan culturel  ponctué de plusieurs festivals de théâtre  et de la publication d’une œuvre majeure, Le Cercle et la Spirale d’Omar Osman Rabeh. Les années les plus flamboyantes de l’histoire de la littérature francophone de Djibouti sont les années 1990 qui officialisent l’émergence d’une richesse littéraire et ouvrent la voie du rayonnement international.

En effet, Abdourahman Waberi  entérine à partir de 1994 la publication d’une série de narrations fictionnelles remarquées et devient le porte flambeau de la  génération de  désenchantement. Enfin, à l’aube des années 2000, se dessine un tournant littéraire  car va naître une quatrième génération  qui rompt avec la littérature désillusionnée pour écrire celle de la réconciliation.  Parmi ces jeunes auteurs on peut citer Abdi Ismail Abdi, Chehem Watta, Aicha Mohamed Robleh, Abdi Mohamed Farah etc…

Un événement principal va participer au rayonnement de la littérature Djiboutienne d’expression française  c’est le Temps des Livres qui sera rebaptisé plus tard  Lire en fête. Cette grande messe littéraire,  organisée par le Centre Culturel Français  Arthur Rimbaud à partir de 1994, réunit des milliers de personnes autour  du livre.  Responsables politiques, écrivains, éditeurs, lecteurs, libraires  et médias retroussent leurs manches  et «  s’emploient dans une synergie totale à l’immersion du livre dans les mœurs locales »

En présentant les principales œuvres des grands écrivains  djiboutiens comme Waberi, Rabeh, Ali Moussa Iyé etc.. Hibo Moumin s’attelle aussi à une critique littéraire de leurs productions.  Les livres de jeunes auteurs comme Mouna-Hodan Ahmed  Ismail qui a écrit les « Enfants du Khat » sont aussi analysés. Il faut signaler que le khat est   très présent dans la littérature djiboutienne d’expression française. Cet ouvrage analyse  de manière objective l’intrusion du khat dans la cellule familiale, cette plante qui nourrit et détruit à la fois la société.

Enfin, disons que la thèse du Dr. Hibo Moumin Assoweh, dont  est issu ce livre, est une mine d’or d’informations pour qui veut mieux savoir ou étudier la littérature djiboutienne d’expression française.

Kenedid Ibrahim 

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