Un psy en visite à la Nation

16 février 2017 8 h 45 min0 commentsViews: 76

Il a choisi une voie différente que celles de ses camarades d’études. Pour devenir psychologue, le docteur Houssein Ali Diraneh aura passé neuf ans sur les bancs d’une université soudanaise « l’International University of Africa ». De retour au pays depuis l’année dernière, le jeune Psy qui est d’ailleurs l’un des rares spécialistes dans ce domaine, nourrit une seule ambition : faire profiter les Djiboutiens de sa science. Dans cette interview exclusive, il explique son métier :  “le psychologue, dit-il, est une personne qui connait le fonctionnement humain et comprend les mécanismes de pensée”. Entretien…

La Nation : Docteur,  pouvez-vous vous présenter en quelques mots à nos lecteurs ?

Dr HAD : Bonjour, je m’appelle Houssein Ali Diraneh. Je suis psychologue et peut-être l’un des rares djiboutiens spécialistes en psychologie. J’ai étudié dans une université soudanaise, “l’International University of Africa” de Khartoum. Je suis djiboutien, natif du quartier Djebel. Sinon, je suis membre d’une association de mon quartier dénommée Avenir Pour l’Espoir (APE) et participe donc aux actions de solidarité de cette structure.

La Nation : Pourquoi avoir choisi d’être psychologue ?

Dr HAD : Je pense que j’ai choisi cette voie car je m’interrogeais sur le fonctionnement humain, je voulais comprendre les mécanismes de pensée. Ce métier, je l’ai voulu parce qu’il n’existe pas dans mon pays ou reste peu connu. Mon ambition est donc de faire profiter les Djiboutiens des bienfaits  de la psychologie qui reste très célèbre dans les pays occidentaux. Un de mes condisciples m’a conseillé un jour de changer de filière car, selon lui, un psychologue n’a pas sa place à Djibouti. Cette suggestion émanant d’un camarade d’étude ne m’a point découragé. Elle a au contraire nourri ma détermination.

La Nation : Qu’est-ce qu’un psychologue ?

Dr HAD : En contact avec un public souvent en proie à des difficultés morales ou psychiques, le psychologue est une personne qui connait le fonctionnement humain et comprend les mécanismes de pensée. Doté d’une grande capacité d’écoute, il aime les autres, partage leurs soucis et veut surtout les aider. Bref, le psychologue est un acteur de santé publique.

La Nation : Cela voudrait dire donc que vous exercez déjà ce métier dans un établissement sanitaire public de notre pays…

Dr HAD : Pas pour l’instant mais j’ai l’intime conviction que j’aurai bientôt l’opportunité d’exercer cette profession dans un établissement sanitaire public de mon pays. Il existe actuellement dans notre pays une réelle volonté politique visant à améliorer notre système de santé. Cette volonté émane du président Ismail Omar Guelleh et est traduite par les réalisations récentes du Ministère en charge de la Santé. Je pense notamment à la mise en œuvre de l’accord de coopération signé en juin dernier à La Havane, en Cuba, par le ministre djiboutien de la Santé, Dr DjamaElmiOkieh et son homologue cubain. Cet accord aura permis l’arrivée à Djibouti de plus de 60 médecins spécialistes cubains.

La venue de ces praticiens a non seulement comblé un besoin vital, mais a surtout amélioré la qualité de soins. Autre avancée majeure et non des moindres : l’achat d’équipements médicales dernière génération. Grace à toutes ces belles réalisations, l’évacuation sanitaire, autrefois obligatoire pour certains patients, est ainsi devenue inutile. Quant à moi, je reste très optimiste. J’espère que mon pays m’offrira l’occasion de prouver l’utilité d’un psychologue.

La Nation : Quelle est la différence entre un médecin et un psychologue ?

Dr HAD : Un médecin est un professionnel de la santé titulaire d’un diplôme de docteur en médecine. Il soigne les maladies, pathologies et blessures, en prescrivant notamment des médicaments.

Tandis qu’un psychologue est un expert du comportement, des émotions et de la santé mentale. Si par exemple l’on est soucieux de « devenir meilleur », il faut savoir que l’on a tout à gagner à consulter un psychologue. Car, c’est une personne neutre qui va nous mettre face à nous même. Avec qui on peut se concentrer sur soi, pour apprendre à se connaitre, à se gérer, à s’appréhender.Le travail d’un psychologue consiste à apporter une plus-value dans la vie des personnes. Et pour ce faire, il se concentre sur leurs manières de percevoir et de réfléchir dans le but de repérer ce qui “cloche” ou ce qui peut être optimisé. Car, seul un psychologue peut comprendre et défaire les nœuds d’une vie, même les plus compliqués.

La Nation : Comment se déroule une séance en général ?

Dr HAD : Avant de vous donner des détails sur le déroulement d’une séance, laissez-moi vous expliquer une étape très importante. Il s’agit de la première rencontre, qui fait figure de prise de contact. Le cabinet de consultation d’un psychologue doit être un lieu qui inspire confiance, autrement dit propre et très bien soigné…

Lors de la première séance, la communication est, au départ, difficile car la méfiance est souvent de mise, et les questions personnelles et intimes sont parfois douloureuses à aborder. En général, lors du premier rendez-vous, le patient explique les raisons de sa présence, ses motivations et le psy va s’intéresser à sa personnalité et à l’environnement dans lequel il évolue. L’entretien prend en compte le passé et plus particulièrement l’enfance.

Une séance se déroule sur une cinquantaine de minutes mais il est vrai que cela peut aller jusqu’à deux heures et même sur plusieurs séances. Durant ce laps de temps j’écoute les patients qui viennent me consulter pour des raisons diverses, allant de la déstabilisation passagère face à un événement, à un profond malaise ancré depuis plusieurs mois ou années. J’analyse aussi et surtout ses gestes. Car les gestes d’un patient révèlent beaucoup de choses pour un psy.Il existe ce que l’on appelle le langage du corps.

Depuis que je suis de retour à Djibouti, j’ai traité quelques personnes qui souffraient de difficultés psychiques. Pour l’une d’entre elles, ces troubles morales se sont accentuées après avoir pris connaissance de son diabète. Je lui ai demandé si elle souffrait de difficultés psychiques avant même sa prise de connaissance du diabète ou si ses troubles sont apparus juste après. Elle m’a informé de l’existence de ces troubles bien avant la découverte du diabète.

Elle ignorait alors que son trouble de stress aigu est à l’origine de ce diabète. Bien évidemment, le trouble de stress aigu peut se manifester après qu’une personne a été confrontée – directement ou en tant que témoin – à un ou plusieurs événements traumatisants : qu’elle ait assisté à la mort de quelqu’un ou ait failli mourir, ou que son intégrité physique ou celle de quelqu’un d’autre ait été gravement menacée.Les souvenirs troublants de l’événement sont porteurs d’une forte charge émotionnelle qui donne l’impression de le revivre. En conclusion, le stress aigu peut être à l’origine d’un certain nombre de maladies, y compris le diabète. Je voudrais enfin finir ma réponse par cette bonne nouvelle : la patiente que j’ai évoquée ci-dessus a pu, après plusieurs séances sur plusieurs semaines, retrouver confiance et s’épanouir à nouveau.

La Nation : Souhaitez-vous ajouter quelque chose pour nos lecteurs ?

Dr HAD : Oui, je voudrais ajouter deux choses : la prévention et la place du psychologue à l’hôpital. La prévention est pour moi quelque chose de fondamental. Pour ce qui est de la place du psychologue à l’hôpital, il me semble important de lancer le débat. Quelle est la place du psychologue à l’hôpital ? Quelle place l’institution et la société veulent pour le psychologue ? Personnellement, je dirai qu’il joue un rôle prépondérant dans une société comme la nôtre.

Interview réalisée par AAD 

 

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