Post-scriptum : Charité business

14 juin 2018 9 h 39 min0 commentsViews: 31

En cette fin du mois béni de Ramadan, comme à l’accoutumée, l’on assiste à un regain de solidarité envers les nécessiteux, les orphelins et autres personnes vulnérables. Les associations caritatives, les organisations de bienfaisance, mais aussi tous les individus de bonne volonté redoublent de gestes de bienfaisance et d’assistance pour les personnes démunies.

Don de vivres, distribution  d’habits neufs pour les enfants orphelins et ceux issus des familles très pauvres,  une solidarité agissante se déclenche comme à pareil moment durant chaque année.

Mais ce qui frappe dans toutes ces opérations d’entraide et de main tendue  à ceux qui  ont en bien besoin, c’est le côté  « m’as- tu- vu ? »,  médiatisation et affichage sur le petit écran  de ces personnes démunies dont on devait  protéger la dignité. En effet,  plus que le bienfait de l’acte, il semble que l’on cherche à faire savoir ses activités philanthropiques et étaler à longueur de colonnes dans les médias et autres  supports de communication  ces gestes louables.

Pourtant, notre religion nous enseigne que la Sadaqa  (l’aumône) doit être discrète et nous devons faire en sorte que notre main gauche ne sache pas ce que fait la droite.

Si cet élan de  solidarité durant le Ramadan permet à de nombreuses familles très pauvres  de respirer un peu et de passer la fête dans la joie et la bonne humeur, il n’en demeure pas moins que leurs cas sont exploités et leur dignité non respectée. Ce qui est en soi une atteinte à leur image. Une charité  discrète à leur endroit et  sans ostentation  pourrait amplement les protéger de certains  regards dédaigneux. N’oublions pas : qu’on soit pauvre ou riche, on a une valeur à préserver : c’est la dignité.

Sur un autre registre, toujours en cette fin de Ramadan, l’on assiste aussi à l’organisation d’Iftar collectifs. Les différentes institutions rivalisent d’ingéniosité pour offrir à leurs clients ou partenaires sinon à leurs employés des moments de convivialité et de partage et souvent dans des hôtels de luxe.

Ces rencontres autour des tables bien garnies  sont très appréciées par les uns et les autres, mais d’aucuns critiquent ces gestes qui sont synonymes de gaspillage. N’est-il pas plus judicieux d’offrir ces « iftar » à ceux qui sont dans le besoin ? Samatar Natalis s’offusque sur la toile  contre ces pratiques :   « Je cherche toujours à comprendre le principe de l’Iftar collectif en vogue sous nos cieux depuis quelques années. Si je résume c’est « Donner a manger à ceux qui possèdent déjà » je précise « à un prix exagéré ». Et pendant ce temps le pauvre comme d’habitude, ramadan ou pas ramadan, crève de faim. Vous ne pensez pas qu’il y a un truc qui déconne là ? ».

Bien sûr  il y a quelque chose qui ne cloche pas vu les dépenses exorbitantes qu’occasionnent ces moments festifs.

Il est temps de mettre fin à cette charité business. Pour l’occasion, la discrétion doit prendre le pas sur l’ostentation et  le crépitement des caméras.  Vivement une charité bien ordonnée qui nous évitera l’exploitation des images des nécessiteux et autres personnes vulnérables.

Kenedid Ibrahim 

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