Portrait : Le retour de Diidan

19 août 2018 9 h 01 min1 commentViews: 110

Bouillante d’énergie malgré son âge. Diidan de son vrai nom Kadra Hassan Mouhoumed, fut une chanteuse qui a connu ses heures de gloire dans les années soixante et soixante-dix, aux côtés de la légendaire troupe Gacan Macan. C’est d’ailleurs avec la chanson, «DAYAXBAAN KU’MOODEE DIIDAN/ WAAN KU’DABASOCDAAYEE DIIDAN…» interprétée à cette époque, qu’elle s’est faite un nom et un surnom ‘‘DIIDAN’’ qui ne l’a jamais quitté depuis. Parcours de cette phénoménale artiste septuagénaire qui n’a pas encore perdu sa voix.

Née en 1945, au quartier 4 de la capitale, Kadra Hassan Mouhoumed alias ‘‘Diidan’’ n’a pas grandi dans un milieu d’artistes mais était une passionnée de la chanson. Aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle nous apprend d’emblée qu’entre elle et la chanson, c’est une vielle histoire d’amour. Une flamme qui s’est allumée dès son adolescence vers la fin de la décennie 50.

Nous sommes en 1952, à cette époque, les parents étaient très conservateurs. Ils ne permettaient pas aux filles de fréquenter l’école laïque. Atteint l’âge d’aller à l’école, Kadra Hassan usa d’abord ses fonds de jupe sur les bancs d’une école coranique près de chez elle avant de rejoindre une madrasa de son quartier pour apprendre l’arabe.

«J’étais une fille unique, et durant la période de l’été nous nous rendions à Hargeysa. En 1959, lors d’un voyage dans cette ville, nous nous sommes installés dans une maison non loin d’une habitation ou fréquentaient les artistes Mohamed Mogueh, Mohamed Youssouf, Abdi Qays,…etc. Chaque après-midi, je me rendais sous la fenêtre de cette maison pour écouter les chansons. Et j’ai mémorisé plusieurs morceaux de leurs tubes. Quelques jours tard, je me suis mise à chanter, tout en jouant avec une amie tout près de cette maison. C’est ainsi qu’un certain Mohamed Abdillahi alias Hadji Gujis, remarqua ma voix et me proposa de rejoindre leur groupe.» nous a-t-elle raconté.

Confiante, elle fonce sans hésiter pour confirmer son talent. Elle commença alors à animer les cérémonies de mariage avec ce groupe. Et comme c’est souvent le cas chez les prodiges, Kadra Hassan séduit le public. Son succès consolidera son choix et l’encouragera à faire carrière dans la musique. Ainsi débuta donc ses premiers pas dans l’art de la chanson.

Par la suite, elle renforcera son talent, et travaillera sa voix sous l’aile protectrice des grands artistes de cette ville,  qui y décèlent en elle le potentiel  d’une nouvelle étoile. Désormais, ses prestations ne laissent personne indifférent.

Ce qui lui a valu d’être admise au sein de la mythique troupe «Gaan Maan», dès son retour à Djibouti quelques années plus tard.

Avec les grands artistes de cette troupe, elle a enregistré plusieurs tubes qui marquent le début de l’émancipation de la femme djiboutienne à savoir ‘‘Duq Gaboobayoo/Aan Diidayoo/Afar Dumarah Leh/Ayuu Ila Doonayaa’’ (J’ai refusé, mais il voulait que je me marie avec un homme âgé ayant 4 autres femmes comme épouses), ‘‘Cadan iyo Jabuutiba Carfi Lagama Waayee’’ ….etc.

C’est avec Gaan Maan qu’elle évoluera jusqu’à 1980, date de son départ pour l’Arabie Saoudite.

Après plusieurs décennies d’absence, la nostalgie a incité l’artiste Diidan à revenir au pays. D’autant plus que, depuis son départ, ce dernier a énormément progressé sur le plan politique et économique.

La reconnaissance officielle de droits des artistes a beaucoup changé le visage de cette artiste septuagénaire. «Le ministère de la Culture m’a non seulement délivré ma carte d’artiste, mais aussi ma carte de sécurité sociale avec laquelle j’aurais accès aux soins», nous a-t-elle dit  avant de rendre hommage au Président de la République et à la Première Dame pour leurs efforts tournés vers la promotion de l’artiste et la femme djiboutienne.

Rachid Bayleh

 

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