Le vih/Sida, toujours d’actualité Tête à tête avec : Dr Houssein Youssouf Darar

25 décembre 2017 8 h 39 min10 commentsViews: 512

Dr Houssein Youssouf Darar

Médecin spécialiste en Maladies Infectieuses et Tropicales (Dakar 2007), également spécialiste en Bactériologie et Virologie Médicale dans le domaine de laboratoire (Dakar 2006) mais aussi spécialiste en Léprologie Appliquée de l’Ordre de Malte (Dakar 2005) pour la prise en charge et le suivi des patients lépreux. Il est titulaire d’un Master 2 en Management et en Gestion des Projets de Développements (ISM, Dakar 2007), d’un Diplôme Universitaire de Lutte Antipaludique (Marseille/France 2008), d’un Diplôme Universitaire sur les IST/VIH/SIDA (Anvers/Belgique 2010), d’un Diplôme Universitaire sur les Méthodes et Pratiques en Epidémiologie Clinique (Bordeaux/ France 2012) et d’un Diplôme Universitaire sur la Recherche Clinique (Bordeaux/France 2014). Dr Houssein Youssouf Darar est l’un de premier infectiologue de notre pays et cumule 10 années d’exercice dans sa spécialité. Il officie actuellement dans le service de médecine au sein de l’hôpital Cheikho de Balbala.

 

Qu’est ce que le VIH et le SIDA, Docteur Darar?

Dr Houssein Youssouf Darar : – Le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) infecte les cellules du système immunitaire, les détruit ou les rend inefficaces. L’infection par le virus se traduit par une détérioration progressive du système immunitaire, entraînant une «immunodéficience». Le système immunitaire est considéré comme déficient lorsqu’il ne peut plus remplir son rôle, qui est de lutter contre l’infection et la maladie. Les infections associées à une immunodéficience sévère sont dénommées «infections opportunistes» car elles profitent de la faiblesse du système immunitaire. Le terme de sida s’applique aux stades les plus avancés de l’infection à VIH, définis par la survenue de l’une ou de plusieurs des vingt infections opportunistes ou cancers liés au VIH. La différence majeure entre une personne vivant avec le VIH et un malade du SIDA est la suivante.

Durant le stade de l’infection à VIH (connue ou non), le porteur du virus est en bonne santé apparente et ne fait le plus souvent aucune infection opportuniste, mais il peut transmettre le virus.

Un malade du SIDA est au stade avancé et présente des infections opportunistes et un bilan biologique perturbé.

Comment le VIH se transmet-il ?

Le VIH peut se transmettre à l’occasion de rapports sexuels (vaginaux ou anaux) non protégés et de contacts bucco-génitaux avec une personne infectée; de la transfusion de sang contaminé et du partage d’aiguilles, de seringues ou autres instruments pointus. Il peut aussi se transmettre de la mère à l’enfant pendant la grossesse, l’accouchement ou l’allaitement au sein.

Combien de personnes vivent avec le VIH?

Selon les estimations de l’OMS et de l’ONUSIDA, 36,7 millions de personnes vivaient avec le VIH fin 2016. Cette même année, près de

1,8 million de personnes ont été infectées et

1 million sont décédées des suites du sida.

Avec quelle rapidité l’infection par le VIH évolue-t-elle vers le sida?

Cela peut varier considérablement d’une personne à l’autre. Non traitées, la plupart des personnes infectées par le VIH montreront des signes de maladie due au VIH dans les 5 à

10 ans, parfois moins. Toutefois, le délai entre l’infection par le VIH et un diagnostic de sida peut aller de 10 à 15 ans, parfois plus.

Un traitement antirétroviral (ART) peut ralentir l’évolution de la maladie en empêchant le virus de se reproduire et donc en diminuant la quantité de virus dans le sang de la personne infectée (appelé «charge virale»).

Quelle est l’infection opportuniste mortelle la plus courante chez les personnes vivant avec le VIH/SIDA?

La tuberculose a tué près de 400 000 personnes vivant avec le VIH en 2016.

C’est la principale cause de décès chez les personnes infectées par le VIH en Afrique et l’une des principales causes de décès pour cette population dans le monde.

Il existe un certain nombre de stratégies de base des soins de santé qui sont essentielles pour éviter et prendre en charge l’infection tuberculeuse chez les personnes vivant avec le VIH, à savoir le dépistage systématique des symptômes de la tuberculose à chaque consultation dans les services de santé, la prise en charge de l’infection latente (par exemple avec le traitement préventif à l’isoniazide), la lutte contre l’infection tuberculeuse, et le traitement antirétroviral précoce.

Comment peut-on limiter le risque de contracter le VIH à l’occasion de rapports sexuels ?

On peut limiter le risque de contamination au sida en utilisant des préservatifs (masculins ou féminins) correctement à chaque rapport, en ne pratiquant que des rapports sexuels sans pénétration, en prenant des médicaments antirétroviraux pour la prophylaxie pré-exposition du VIH, en restant fidèle à un partenaire non infecté également fidèle et n’ayant aucun autre comportement à risque, en adoptant une abstinence jusqu’au mariage et rester fidèle à sa/son partenaire.

La circoncision masculine permet-elle d’éviter la transmission du VIH?

La circoncision réduit le risque de transmission sexuelle du VIH de la femme à l’homme de près de 60%. La circoncision médicale est une intervention unique qui confère une protection partielle à vie contre le VIH et d’autres maladies sexuellement transmissibles. Elle devrait toujours être envisagée dans le cadre d’un ensemble complet de mesures de prévention et ne devrait jamais remplacer d’autres méthodes de prévention connues telles que les préservatifs, masculins et féminins.

Les préservatifs sont-ils efficaces pour prévenir le VIH ?

Les préservatifs masculins et féminins de qualité vérifiée sont les seuls produits actuellement disponibles pour protéger contre les infections sexuellement transmissibles (IST), dont le VIH. Utilisés correctement au cours de chaque rapport sexuel, les préservatifs sont un moyen éprouvé de prévenir l’infection à VIH chez la femme comme chez l’homme. Toutefois, en dehors de l’abstinence, aucune méthode ne protège à 100%.

Qu’est-ce qu’un préservatif féminin? Le préservatif féminin est le seul moyen de contraception mécanique actuellement sur le marché dont la femme ait la maîtrise. Le préservatif féminin, fabriqué en polyuréthane solide, doux et transparent, se place dans le vagin avant les rapports sexuels. Il tapisse entièrement la paroi du vagin et confère une protection à la fois contre la grossesse et contre les IST, dont le VIH, lorsqu’il est utilisé correctement à chaque rapport sexuel.

Quel est l’avantage d’un test de dépistage du VIH? Le fait de connaître votre statut sérologique vis-à-vis du VIH peut avoir deux avantages importants. Si vous savez que vous êtes VIH positif, vous pouvez prendre les mesures nécessaires avant l’apparition des symptômes pour avoir accès à un traitement, à des soins et à un soutien, et vous pourrez ainsi gagner de nombreuses années de vie. Si vous savez que vous êtes infecté, vous pourrez prendre des précautions pour éviter de transmettre le VIH à d’autres.

Que sont les médicaments antirétroviraux ? 

Les médicaments antirétroviraux sont utilisés dans le traitement et la prévention de l’infection à VIH. Ils combattent le VIH en stoppant ou en gênant la reproduction du virus dans l’organisme.

Quel est le niveau de couverture du traitement antirétroviral (ART)?

À la mi-2017, 20,9 millions de personnes dans le monde étaient sous traitement antirétroviral. Si ce chiffre témoigne du formidable succès de l’extension du traitement contre le VIH ces 10 dernières années, il ne représente cependant que 53% des personnes qui justifient de ce traitement. Plus de la moitié de ceux qui ont besoin d’accéder au traitement l’attendent encore.

Guérit-on le VIH?

Non. Mais moyennant la persévérance du traitement antirétroviral, la progression du VIH dans l’organisme peut être ralentie, voire pratiquement stoppée. De plus en plus, les personnes vivant avec le VIH restent en bonne santé et mènent une vie productive pendant de longues périodes, même dans les pays à faible revenu. L’OMS recommande de traiter toutes les personnes vivant avec le VIH ainsi que les populations présentant un risque sérieux d’être contaminées.

De quels autres types de soins les personnes vivant avec le VIH ont-elles besoin?

Outre un traitement antirétroviral, les personnes vivant avec le VIH ont souvent besoin d’un conseil et d’un soutien psychosocial. L’accès à une bonne nutrition, à une eau de boisson saine et à une hygiène de base permet également à une personne infectée par le VIH de conserver une bonne qualité de vie.

 

 

L’épidémie estgénéralisée à Djibouti

Selon le Docteur Darar

L’épidémie estgénéralisée à Djibouti

Quels sont les objectifs au niveau mondial ?

Parmi les cibles 90-90-90 des Nations Unies pour mettre un terme à l’épidémie de VIH, la première consiste à faire en sorte que 90 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique. Le dépistage du VIH est donc essentiel pour atteindre la «première cible 90». Près de 30 % des personnes vivant avec le VIH ne connaissent pas leur statut sérologique. Le seul moyen pour déterminer le statut sérologique au VIH d’une personne est qu’elle effectue un test de dépistage du VIH. Nous avons l’opportunité de prévenir 1,5 million d’infections par an d’ici à 2020 et d’atteindre les objectifs accélérés si nous parvenons à améliorer les services de prévention et de dépistage pour le VIH et à garantir une bonne observance du traitement ainsi que des soins de haute qualité pour tous

Quels conseils donnez-vous à notre communauté djiboutienne ?

Depuis le début de l’épidémie, la riposte au VIH est axée sur les droits humains, l’équité et les communautés, véritables fondements de la couverture sanitaire universelle.  L’épidémie a évolué au fil des ans, frappant de façon disproportionnée les communautés et les individus les plus vulnérables et les plus marginalisés.

La progression vers les objectifs 90-90-90 s’est toutefois montrée timide au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ainsi qu’en Europe de l’est et en Asie centrale où les décès liés au SIDA ont augmenté respectivement de 48% et de 38%. Ce sont des exceptions dans ces régions qui montrent que lorsque des efforts conjugués sont faits, les résultats ne se font pas attendre.

Mais actuellement, l’épidémie est généralisée à Djibouti. Toutes les couches sociales sont concernées. La problématique réside sur une faible connaissance des moyens de prévention sur le VIH chez les jeunes, une faiblesse dans la gestion des personnes coinfectées VIH/TBC et VHB/VIH, une faiblesse dans la gestion des enfants atteints de l’infection, une stigmatisation des travailleuses des sexe responsable d’une sous utilisation des condoms et une absence de circuit de gestion prophylactique des ses dernières, une consultation prénatale tardive des parturientes malgré tous les messages de sensibilisation mis en place, une sous utilisation des structures sanitaires relatives aux IST/VIH/SIDA, une diminution du Conseil Dépistage Volontaire ou une faiblesse de la réalisation des tests VIH à l’initiative du soignant, une  faiblesse dans la mise sous traitement antirétrovirale.

Il est important de mettre en place Une éducation familiale et scolaire sur la sexualité et  les moyens de prévention, Une éducation pour la santé et une éducation pour la prévention axée sur le VIH/SIDA, une vulgarisation de l’offre des soins et des tests de dépistage au VIH,  une mise sous ARV des patients (adultes et enfants) infectés et coinfectés. Les progrès réalisés à Djibouti sont la gratuité des soins des personnes (adultes, femmes enceintes et enfants) affectées ou infectées, la protection par des textes des lois normatives et réglementaires protégeant la dignités des personnes vivants avec le VIH/SIDA contre la stigmatisation et la discrimination, la sécurisation de l’axe de transmission mère enfants avec des traitements pendant, au moment et après l’accouchement, la naissance des enfants au statut viral négatif des personnes vivants avec le VIH/SIDA (parents positifs et progénitures négatives).

Leave a Reply


Trackbacks