Infection néonatale : Entretien avec…Dr Timiro Aden Okieh Pédiatre au service de néonatologie de l’hôpital Cheiko de Balbala

Infection néonatale : Entretien avec…Dr Timiro Aden Okieh Pédiatre au service de néonatologie de l’hôpital Cheiko de Balbala

30 janvier 2018 8 h 49 min13 commentsViews: 183

Les différentes maladies rencontrées en période néonatale sont multiples et variées. Pour rappel, la période néonatale est celle allant de 0 à 28 jours de vie. C’est une étape de la vie du nouveau-né où il nécessite une attention particulière compte tenu de sa fragilité. Parmi les multiples pathologies, l’infection néonatale constitue une des principales causes d’admission des nouveaux nés dans l’unité de néonatologie du service de pédiatrie de l’hôpital Cheiko de Balbala. Dr Timiro Aden Okieh répond à nos interrogations sur divers aspects de l’infection néonatale. 

« Il faut agir très précocement et efficacement de façon synergique »

Entretien avec…Dr Timiro Aden Okieh (1)

La Nation :- Qu’est ce qu’une infection néonatale et comment survient-elle chez le nouveau-né ?

Dr Timiro Aden Okieh : -Une infection est un ensemble de signes qui sont secondaires à un microbe, le plus souvent une bactérie chez le nouveau-né dans les quatre premières semaines de vie après la naissance. Il s’agit d’une urgence extrême chez le nouveau-né du fait de la fragilité de ce dernier. C’est une maladie très fréquente surtout dans nos pays en voie de développement du fait des conditions socio-économiques défavorables ainsi que du non respect du suivi des grossesses ; et par conséquent de la santé du fœtus et du nouveau né. Elle peut être grevée d’une lourde mortalité si la prise en charge n’est pas précocement instaurée. Il importe de rappeler que les défenses immunitaires du nouveau né sont faibles. En effet, mise à part la production infime de défenses propres, le nouveau-né bénéficie  du transfert des anticorps de sa mère à travers le placenta mais également par le biais de l’allaitement maternel.

Quelles sont les différentes façons dont le nouveau-né peut être infecté ?

Il est à noter qu’il existe deux modalités de contamination chez le nouveau-né. Premièrement l’infection materno-fœtale, c’est-à-dire une contamination survenant avant ou pendant l’accouchement. Lorsqu’elle survient avant l’accouchement (contamination anténatale), elle se fait soit par voie sanguine à travers le placenta (hématogène par voie trans-placentaire), soit par inhalation ou déglutition du liquide amniotique. Par contre, la contamination prénatale (c’est-à-dire survenant pendant l’accouchement) se fait lors du passage dans la filière génitale maternelle. D’autre part, il peut s’agir comme deuxième modalité d’une infection post-natale, c’est à dire survenant après la naissance. Cette dernière peut être due soit à un déséquilibre de la flore bactérienne du nouveau-né par un traitement antibiotique à large spectre responsable de la prolifération et de la sélection d’un germe résistant, soit par contamination iatrogène par le personnel soignant ; l’utilisation de matériels souillés (Intubation, perfusion, alimentation) ; visite en milieu hospitalier (Infections graves à germes résistants). Lorsque l’infection survient entre la naissance et le septième jour, on parle d’infection précoce ; tandis qu’après le septième jour jusqu’au  28ème jour, il s’agit d’une infection tardive.

Comment reconnaît-on les signes d’une infection chez le nouveau-né ?

Il faut savoir que ses signes ne sont pas spécifiques ; C’est d’ailleurs pourquoi l’adage disant que « tout nouveau-né qui va mal est infecté » prend tout son sens. On peut noter entre autres les manifestations suivantes, qu’elles soient isolées ou associées. Une hypothermie ou une hyperthermie, un changement du teint du bébé à type de teint gris ou pale ou encore jaune, extrémités bleutées et froides. Un cri geignard ou plaintif, des troubles digestifs tels que des vomissements, des résidus gastriques anormaux, une diarrhée, un ventre ballonné ou un refus de s’alimenter. Des troubles du comportement à type de somnolence, d’irritabilité, une fontanelle bombée. Des signes respiratoires tels qu’une respiration trop rapide ou trop faible ou carrément irrégulière. Enfin loin d’être exhaustive, ça pourrait être tout changement anormal du nouveau-né.

Qu’est ce qui peut être à l’origine de ces infections ?

Il existe des facteurs tels qu’un système immunitaire qui est peu fonctionnel chez le nouveau-né. D’autres facteurs peuvent être également à l’origine de ces infections, il peut s’agir d’un travail prolongé chez la femme enceinte.

De difficultés de délivrance du bébé. De la rupture prolongée de la poche des eaux. Du changement de couleur du liquide amniotique. D’une inhalation de sécrétions contaminées. D’une fièvre ou d’une infection chez la mère juste avant ou pendant l’accouchement. D’un accouchement à domicile ou dans un véhicule avec section non hygiénique (septique) du cordon ombilical. Un accouchement prématuré, etc. Une infection est due à des microbes appelés bactéries. Ces derniers sont nombreux mais certains d’entre eux sont incriminés dans les infections du nouveau-né. Il s’agit entre autres du Streptocoque B, d’Escherichia Coli, du Staphylocoque, des bacilles gram négatifs… la liste n’étant pas exhaustive.

Existe-t-il un traitement contre l’infection néonatale?

Bien évidemment, il faut agir très précocement et efficacement, de façon synergique, avec une thérapie probabiliste au départ puis adaptée secondairement au type de microbes qui a été identifié. Le traitement est essentiellement basé sur les antibiotiques qui constituent l’arme curative incontournable. En revanche, le choix des antibiotiques utilisés dépendra de la sensibilité du microbe en cause. Parallèlement à cela, on devra instaurer le traitement des symptômes de la maladie.

Existe-il des moyens de prévention ?

Il existe des moyens de prévention dont la pierre angulaire n’est rien d’autre que la communication et l’éducation pour le changement de comportements chez les femmes enceintes et accouchées récentes ainsi qu’auprès du personnel médical. Il faudra donc insister sur le dépistage et le traitement des infections maternelles par des consultations prénatales (visites durant la grossesse) de qualité en informant les patientes sur les risques potentiels encourus. Mais aussi sur la réduction des facteurs favorisant l’infection materno-fœtale tel que le traitement d’une béance du col de l’utérus et la limitation de certains examens (sauf en cas de nécessité absolu tel que le toucher vaginal itératif). D’autre part, il convient d’insister sur la prévention des infections postnatales par le respect de l’écologie microbienne en évitant les antibiotiques systématiques qui entraîne une sélection de germes résistants. Mais également par la promotion de l’allaitement maternel qui constitue une voie royale concernant l’apport d’anticorps au nouveau-né ; ce qui lui permet de faire face aux infections.

Il faut aussi éviter toute contamination iatrogène par le respect des règles d’hygiènes à l’endroit du soignant ainsi que l’hygiène du matériel en utilisant un matériel à usage unique, le port de sur blouses, le lavage des mains. A terme, je conclurais mes propos en soulignant la place incontournable et prépondérante qu’occupe le couple mère-enfant quand on sait que ce dernier constitue le socle de notre société. Par conséquent, prendre soin de ce couple, c’est bâtir ultérieurement une société saine.

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