Hommage Postume : Adieu, Moumin Bileh Houffaneh

16 janvier 2016 7 h 04 min6 commentsViews: 214

Avec son sourire chaleureux, sa voix nasillarde et caverneuse de maestro, Moumin Bileh Houffaneh, aura été, du milieu des années 1969 à la fin des années 2009 (date de sa dernière parution devant un publique), l’un des chanteurs les plus populaires et les plus appréciés de la chanson djiboutienne de langue somali. Un artiste au grand cœur qui avait l’habitude de dire «DUB’RI» (cousin) à ses amis et connaissances lorsqu’il les croise dans la rue. Pour lui tous les djiboutiens étaient cousins et frère. Un vrai nationaliste. Souffrant d’une longue maladie, le chanteur, parolier et compositeur de la célèbre troupe musicale et théâtrale de l’armée nationale «Troupe HARBI» est décédé dans la journée du dimanche 10 à l’hôpital Bouffard. Âgé de 64 ans, il nous a quittés en nous laissant en héritage un riche répertoire musical et théâtral.

Hommage 

Né au cours de l’année 1952 à Gerissa, un village du district de Zeila dans le somaliland voisin,  Moumin Bileh Houffaneh était non seulement un sous officiers de l’armée nationale mais il était aussi un artiste doué. Il n’avait que huit ans seulement lorsqu’il quitta la maison familiale en brousse pour s’installer chez sa tante Aicha Robleh à Djibouti encore sous le joug du colonialisme français.

Dans sa chambre chez tante Aicha à «JAGABOULDHOUQ», Moumin avait pris l’habitude de fredonner les chants, en écoutant Ibrahim Garabyare, Hawa Geelqaad, ou Saïd Hamarqod. Il devint même chanteur dans des groupes de copains du quartier. Tante Aicha remarqua la voix de son neveu à qui elle conseilla d’aller rejoindre la troupe «CARREY». Confiant et sur de lui, Moumin fonça au siège du groupe «CARREY» sis à la cité du stade avec un seul objectif : confirmer son talent. Il s’imposa donc comme une valeur sûre, un artiste complet.

Ce qui lui valut d’être admit au sein de la troupe «CARREY». C’était le début d’une belle carrière artistique. Par la suite, il renforcera son talent, travaillera sa voix sous l’aile protectrice de ses aînés pour devenir une nouvelle étoile de la musique djiboutienne. Il enregistre ainsi en 1969 à l’âge de 17 ans sa première chanson à la RTD.

En 1972, cet homme qui aura été un inlassable bâtisseur, fonda avec Abdi Bowbow, Mohamed Ali Guelleh (Fourchette), Abdi Robleh Qarchileh, Ibrahim Gadhleh, Hassan Elmi…, la troupe GACAN MACAN.

Il appartient à cette génération qui a 18 ans dans les années 1970 et qui à participé à la lutte pour notre indépendance. En 1974 on lui confie un rôle dans une pièce de théâtre musicale écrit par le grand dramaturge djiboutien Ibrahim Check Souleiman « Ibrahim Gadhle ». Une pièce qui s’inspire du massacre perpétré par les colons après la visite du Général Charles de Gaulle en 1967. Grand indépendantiste, il se lance sans crainte dans cette entreprise périlleuse car en ce temps l’administration coloniale  passait au peigne fin la production artistique pour y déceler les moindres appels à l’insurrection. Ils exilaient ceux qui étaient démasqués par les censeurs et les interdisaient de scène.

Après l’indépendance, en février 1978 Moumin Bileh intégra la troupe Harbi de l’armée nationale. Sa popularité grandit. Son immense talent de comédien, d’auteur et de compositeur a été véritablement découvert par les djiboutiens et par les somaliens lors des théâtres musicales présenté par la troupe Harbi aux moments des différentes conférences de paix en faveur de nos frères  Somaliens.

En 1985, il est l’un des chanteurs du collectif Chanteurs de la troupe Harbi le plus expérimenté.

Jouant tantôt le rôle d’un chef de guerre tantôt celui de pacificateur dans les chefs d’œuvre «SAMATALIS» Bileh a le don et la grâce de marquer les spectateurs avec sa prestation impressionnante et excellente qui fait la différence.

En 2009,  il avait très bien joué et s’était bien confondu avec le personnage qu’il incarnait lors de la pièce théâtrale et musicale  intitulée  «WAARIMAYSIDE WAR’ HA’KAAHADHO» (Tu n’es pas éternel alors laisse au moins quelque chose de durable), un chef d’œuvre extraordinaire de Ali Dirié alias «Ali Gab» joué à l’occasion de l’anniversaire de l’armée nationale en présence du président de la république M. Ismail Omar Guelleh, les membres du gouvernement, les parlementaires,  tous les officiers supérieurs de tous les corps ainsi que les leaders de la société civile.

Mais avec le poids de l’âge, en 2013, il mettra un terme définitif à sa carrière d’artiste interprète et abandonna la scène.

Moumin Bileh a laissé derrière lui trois épouses, 3 fils et 4 filles.

L’ensemble des artistes nationaux présente les condoléances les plus attristées à la famille de l’illustre disparu.

La vie est éphémère, ici-bas. Nous sommes faits pour la quitter. Dieu le Vainqueur. Emmène-nous, le Jour du Jugement vers le Paradis éternel. Amiin.

Rachid Bayleh

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