Guichet Unique : En aparté avec …Tolmone Almis M. Haid Architecte

16 mars 2017 9 h 09 min0 commentsViews: 202

Tolmone Almis M. Haid vit de sa vocation : l’architecture. Elle dirige le cabinet « Gobad Architectes », sis au Héron. La conception architecturale du guichet unique porte sa signature. En marge de la cérémonie inaugurale de ce nouvel édifice public, elle nous a livré dimanche dernier son regard de professionnelle et de femme d’affaires sur l’exécution de ce chantier, l’entrepreneuriat, et les projets qui lui tiennent à cœur. Entretien.

« Faire coïncider la forme et le fond »

La Nation :- Quel a été votre rôle dans la réalisation du projet de guichet unique ?

Tolmone Almis M. Haid :-  Il s’agit d’un projet relativement complexe tant par son montage que par la multitude de contraintes et d’éléments à prendre en compte. Pour notre part, nous sommes en charge de la maîtrise d’œuvre, de la conception à la réalisation, du chantier et de l’aménagement intérieur de tous les locaux comprenant le choix du mobilier…et tout ce qui permettra à un tel établissement de fonctionner dans des conditions optimales, y compris l’extérieur. Ce qui nous permet d’avoir une approche globale et synthétique du chantier dans son ensemble.

C’est-à-dire…

Je mesure la chance que j’ai de travailler sur un projet d’exception et apprécie les relations de confiance qui se sont tissées au fil du temps. Dans ce projet, je ne me contente pas de définir un bâtiment et ses pièces. Je souhaite exercer une influence sur l’atmosphère architecturale, sur le parcours du visiteur. Mais, ceci, je ne peux le faire que si je propose plus que la seule enveloppe du bâtiment. Avec l’aménagement et l’équipement des pièces, mon idée architecturale est prolongée jusque dans le plus petit détail. Si je veux créer une ambiance parfaite, je dois également me préoccuper du revêtement de sol et des meubles.

Quel a été le fil conducteur dans la conception architecturale  de ce nouvel édifice ?

Comme vous le  savez, le guichet unique s’adresse à une clientèle d’affaires, un public qui a l’habitude de voir ses demandes de toute nature satisfaites rapidement. Les hommes d’affaires évoluent aussi dans des bureaux fortement imprégnés du style que j’appellerais « corporate »

Aussi , mon principal souci , le fil conducteur dans l’ exécution de ce projet a été de faire coïncider la forme ,à  savoir l’aspect extérieur, l’aménagement intérieur , et le fond , les missions , la raison d être de l’ Institution qui sera amenée à prendre ses  quartiers dans cet édifice, afin d’ éviter le dépaysement . De telle sorte que les « usagers »se retrouvent de plein –pied en terrain familier.

Le piège dans ce genre de commande consiste à livrer un  produit standard, dupliqué à l’infini, ce que j appelle le ‘’syndrome de la tour de bureaux’’.  C’ est  pourquoi j’ai tenu à injecter un aspect chaleureux, par l’utilisation du bois, la disposition des postes de travail, les aires d’attente. Ainsi par exemple, les agents seront installés en cercle. La signification est claire, leur rôle sera d’entourer, d’épauler, de soutenir le créateur d’entreprise. Au lieu d’être derrière un comptoir interminable et un hygiaphone dans une sorte de face à face tendu entre l’autorité et le citoyen.

Faut-il comprendre par là que les usagers ont un rapport affectif avec les bâtiments de l’environnement urbain qui n’est jamais neutre?

Lorsque j’ai pris en main ce projet, deux impératifs contradictoires se sont présentés immédiatement. D’une part, la conservation, le sort du bâtiment choisi pour ce projet et d’autre part, la nécessite de marquer physiquement la volonté de progrès, de modernité.

Le guichet unique constitue une des pièces maîtresses d’une série de réformes  visant à insuffler dynamisme et réactivité dans les services publics de notre pays. Il s’inscrit dans un vaste  mouvement de modernisation et de rationalisation de l’Etat. A ce titre, il représente un avant-goût  de l’administration de demain. On peut dire qu’avec le guichet unique nous sommes entrés dans l’ère de l’Administration 3.0. D’un autre côté, ce bâtiment a vu passer des milliers de Djiboutiens, des générations et des générations au cours des cinq dernières décennies. Certains d’ entre nous se rappellent l’époque où le service postal était nommé le PTT, plus tard l’OPT. Combien d’ entre nous y avons posté des missives, des dossiers ? Baudelaire constatait que «  la forme d’une ville change plus vite, hélas ! Que le cœur d’un mortel » Henry James  rentrant à New York, après une longue absence, le quartier de son enfance ayant été rasé, s’exclama : «  c’est comme si on  m’avait  enlevé  le fond de ma biographie ». L’environnement urbain n’est jamais neutre. Il existe toujours un rapport affectif aux bâtiments. Il y a toute une multitude de  souvenirs qui s’y attachent. Certains intervenants ont suggéré de démolir ce bâtiment. D’emblée, j’ai écarté cette option.

Mon parti pris a été d’organiser les noces  d’un passé récent et d’un avenir prometteur, de préserver la mémoire et de  prendre confortablement place dans la modernité. J’ai décidé de communiquer un second souffle au bâtiment, de lui offrir  une maturité radieuse. De cette manière, j’ai  redonné vie à la façade.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous a été confronté dans ce chantier ?

Tout d’abord, le diagnostic structurel a été la première contrainte. La difficulté est de trouver des solutions à chaque situation en prenant garde à ne pas dépasser l’enveloppe budgétaire. C’est pour cela que pour une rénovation, il est important de faire un bon diagnostic avant d’entamer les travaux.

Comment décririez-vous votre « signature » d’architecte ?

C’est vrai qu’un architecte signe ses projets, administrativement mais aussi intellectuellement. La signature de mon agence met en avant son éthique : respect de l’usager. Nos projets cherchent leur maturité dans la simplicité du plan et de la forme.

Quels sont donc les axes de développement de votre cabinet d’architectes?

Pour nous, se doter d’outils de communication, comme par exemple un site internet www.gobadarchitectes. com ou une présence sur les réseaux sociaux dès la phase de création de notre structure a été une évidence.

Sans être une garantie de réussite, ces outils sont à replacer dans notre stratégie globale de création d’un réseau, et nous paraissent donc indispensables. Un contact, un client potentiel, doit pouvoir trouver facilement des informations pertinentes et claires sur nos réalisations et sur la plus-value que nous pouvons lui apporter, avant d’aller plus en avant dans sa démarche.

Votre cabinet a à son actif un certain nombre de réalisations. Concrètement, comment les démarches administratives se sont-elles déroulées à ce propos ?

Se mettre à son compte présente presque toujours des défis inattendus .Cependant, les ressources existent pour vous aider à surmonter les obstacles. De ce point de vue, le guichet unique arrive à point nommé et jouera certainement  un rôle d’accélérateur en ce qui concerne la partie administrative. Dans notre cas, nous nous sommes rapprochés de l’ANPI, qui fut pour nous une vraie bonne surprise, tant en termes de réactivités que de pertinence dans les réponses apportées. Globalement, l’ANPI, l’ODPIC et l’Hôtel des impôts sont les trois principaux acteurs avec lesquels nous avons eu à traiter. Dans les pays voisins, l’inscription à l’ODPIC ou la Chambre de Commerce, est conditionnée par l’aval de l’Ordre des Architectes. Les démarches plus classiques auprès de ces institutions demandent encore à peu près deux mois, à la suite desquels nous avons pu finaliser les formalités bancaires.

Néanmoins, si nous nous référons au métier d’architecte, l’absence d’une structure chargée de réglementer la profession, qui fournirait conseils et soutien  et orienterait les jeunes désirant  se lancer, rend la tâche nettement plus ardue. J’évoquerai  ici un sujet qui me tient particulièrement à cœur.

Lequel par exemple?

Je veux parler, bien entendu, de l’Ordre des architectes. Dans les pays étrangers, il faut savoir qu’en amont des différentes démarches administratives et bancaires, indispensables à la création proprement dite d’une agence d’architecture, il est nécessaire d’obtenir son inscription au Tableau de l’Ordre des Architectes.

Il est indéniable que notre activité, en tant que profession libérale,  pâtit de l’absence d’un cadre juridique défini et d’un organisme ayant pour mission  de défendre nos intérêts auprès des pouvoirs publics. Mais il ne s’agit pas d’une revendication étroitement corporatiste. Bien au contraire. La création d’un Ordre des Architectes dans notre pays contribuerait non seulement à la promotion de l’architecture et par la suite,  à l’embellissement de nos villes mais également à la protection du consommateur en réglementant l’accès  à la profession, en  vérifiant les titres, en assurant  la discipline des membres.

Pour finir, avez-vous des conseils à donner à ceux qui souhaiteraient se lancer comme vous dans l’entrepreneuriat ?

Il faut bien garder à l’esprit que la chronologie des démarches est quelque chose d’absolument essentiel.

Le guichet unique sera un outil primordial pour effectuer vos démarches administratives. Il se révèle indispensable afin de ne pas perdre de temps et de faire les bons choix. Cette nouvelle institution apporte de nombreuses aides et compléments d’information dans le cadre d’une création d’entreprise.

Elle peut aussi exercer son expertise en vérifiant les dossiers de création d’entreprise avant la soumission officielle, permettant de gagner du temps et d’éviter des erreurs. On n’en a pas forcément conscience, mais cocher la mauvaise case peut avoir des répercussions importantes sur l’entreprise.

Propos recueillis par MOF 

Leave a Reply


 

Trackbacks

Close
Ne ratez plus les mises à jour de la Nation
En cliquant sur l'un de ses liens, vous serez informé en temps réel.