Grippe saisonnière : Entretien avec…Dr Houssein Youssouf Darar

8 mars 2018 8 h 59 min26 commentsViews: 377

Dr Houssein Youssouf Darar est un médecin spécialisé en maladies infectieuses et tropicales.  Il officie actuellement en tant que spécialiste dans sa discipline dans le service de médecine polyvalente au sein de l’hôpital Cheikho de Balbala.

Dans cet entretien, il nous dévoile les éléments essentiels à savoir sur la grippe qui sévit actuellement dans notre pays.

« Outre la vaccination et le traitement antiviral, la prise en charge médicale comporte de mesures individuelles de protection »

Entretien avec…Dr Houssein Youssouf Darar

La Nation :- Qu’est ce que la grippe, Dr Darar ?

Dr Houssein Youssouf Darar :- La grippe saisonnière est une infection virale aiguë provoquée par des virus qui circulent dans le monde entier. Il existe 4 types de grippe saisonnière, A, B, C et D. Les virus grippaux de type A et B circulent et provoquent des épidémies saisonnières de grippe.

Le virus grippal de type C est détecté moins souvent et ne cause généralement que des infections bénignes. Ses répercussions sur la santé publique sont par conséquent de moindre importance.

Le virus grippal de type D touche essentiellement le bétail et n’a pas jusqu’ici provoqué d’infection ni de maladie chez l’homme.

Les épidémies saisonnières surviennent principalement pendant l’hiver, d’octobre à mars dans l’hémisphère Nord et d’avril à septembre dans l’hémisphère Sud. Dans les pays tropicaux ou subtropicaux, la grippe saisonnière peut se produire toute l’année. Par contre, à Djibouti, les épidémies surviennent d’octobre à avril avec un pic durant les mois de novembre, de février et d’avril.

Quel sont les signes et les symptômes ressentis ?

La grippe saisonnière se caractérise par l’apparition brutale d’une forte fièvre, de toux (généralement sèche), de céphalées, de douleurs musculaires et articulaires, de malaise général, de maux de gorge et d’écoulement nasal. La toux peut être grave et durer jusqu’à 2 semaines et plus. Chez la plupart des sujets, la fièvre et autres symptômes disparaissent en l’espace d’une semaine sans avoir besoin de traitement médical. La grippe peut toutefois entraîner une maladie grave ou un décès chez les personnes à haut risque.

La maladie, de bénigne à grave, peut même entraîner la mort. Les hospitalisations et les décès surviennent principalement dans les groupes à haut risque.

Au niveau mondial, ces épidémies annuelles sont responsables d’environ 3 à 5 millions de cas de maladies graves, et de 290 000 à 650 000 décès.

On ne connaît pas précisément les effets des épidémies de grippe saisonnière dans les pays en développement, mais les estimations issues de la recherche indiquent que 99 % des décès d’enfants de moins de cinq ans atteints d’infection des voies respiratoires inférieures associées à la grippe surviennent dans les pays en développement.

Quels sont les groupes ou les personnes vulnérables ?

Tous les groupes d’âge peuvent être concernés mais certains groupes sont plus vulnérables que d’autres. Les personnes présentant le plus gros risque de maladie ou de complications graves sont les femmes enceintes, les enfants de moins de 59 mois, les personnes âgées, les personnes souffrant d’affections chroniques (cardiopathies ou pneumopathies, maladies rénales, maladies métaboliques, troubles neuro développement aux, maladies du foie ou hématologique) et les personnes souffrant d’affections immunodépressives (VIH/sida, chimiothérapie ou stéroïdes, tumeur maligne).

Les professionnels de santé risquent fortement d’être infectés par le virus de la grippe en raison d’une exposition accrue auprès des patients, et risquent à leur tour de contaminer, en particulier, les personnes vulnérables.

Comment se transmet la maladie ?

Pour ce qui est de la transmission, la grippe saisonnière se propage facilement et la transmission dans les lieux très fréquentés comme les écoles et les maisons de retraite peut être rapide. Lorsqu’une personne infectée tousse ou éternue, elle projette dans l’air des gouttelettes porteuses du virus (et de l’infection) qui peuvent atteindre jusqu’à un mètre et que vont inspirer les personnes se trouvant à proximité immédiate. Le virus peut aussi se propager par les mains contaminées. Pour prévenir la transmission, il convient de se couvrir la bouche et le nez à l’aide d’un mouchoir lorsque l’on tousse et de se laver les mains régulièrement.

Dans les climats tempérés, les épidémies saisonnières surviennent principalement au cours de l’hiver, tandis que dans les régions tropicales, la grippe peut apparaître tout au long de l’année, avec des flambées épidémiques plus irrégulières.

Le laps de temps qui s’écoule entre l’infection et la maladie, que l’on appelle période d’incubation, est d’environ deux jours mais peut être comprise entre un et quatre jours.

Comment fait-on le diagnostic ?

La plupart des cas de grippe humaine font l’objet d’un diagnostic clinique. Or, pendant les périodes de faible activité grippale et en dehors des situations d’épidémie, l’infection par d’autres virus respiratoires – rhinovirus, virus respiratoire syncytial, virus paragrippal et adénovirus – peut aussi se présenter sous la forme d’un syndrome de type grippal, ce qui rend difficile la différenciation clinique de la grippe par rapport aux autres agents pathogènes.

La collecte d’échantillons respiratoires appropriés et l’application d’un test diagnostique en laboratoire sont nécessaires pour établir un diagnostic définitif. L’adéquation de la collecte, du stockage et du transport des échantillons respiratoires est la première étape essentielle de la détection en laboratoire des infections dues au virus de la grippe.

La confirmation en laboratoire du virus de la grippe à partir de sécrétions laryngées, nasales et rhinopharyngées ou de liquides d’aspiration trachéale ou de lavages s’effectue généralement en utilisant le dépistage direct d’antigènes, en isolant le virus ou en dépistant l’ARN grippal spécifique par la réaction en chaîne de la polymérase-transcriptase inverse (RT PCR).

Quel est le traitement adéquat pour les patients atteints de grippe saisonnière sans complications ?

Les patients qui ne font pas partie d’un groupe à haut risque devraient recevoir un traitement symptomatique et rester chez eux afin de minimiser le risque d’infecter la collectivité. Le traitement consiste à soulager les symptômes de la grippe comme la fièvre. Les patients devraient suivre par eux mêmes l’évolution de la situation afin de déceler si leur état se détériore et de consulter. Les patients dont on sait qu’ils risquent fortement de développer une maladie grave ou des complications (voir ci dessus) devraient être traités dans les meilleurs délais par des antiviraux en plus du traitement symptomatique.

Et pour les patients atteints de grippe saisonnière avec complications ?

Les patients souffrant de maladie grave ou de maladie clinique évolutive liée à une infection grippale suspectée ou confirmée (syndromes cliniques de pneumonie, d’état septique ou d’aggravation d’une maladie chronique latente) devraient être traités par des antiviraux dans les meilleurs délais.

Les inhibiteurs de la neuraminidase (oseltamivir) devraient être prescrits le plus tôt possible (idéalement, dans les 48 heures qui suivent l’apparition des symptômes) afin d’optimiser les bienfaits thérapeutiques. L’administration du médicament devrait aussi être envisagée chez les patients consultant plus tardivement c’est à dire pendant la maladie.

Le traitement est recommandé pour un minimum de cinq jours, mais peut-être prolongé jusqu’à ce qu’il y ait une amélioration clinique satisfaisante.

Les corticostéroïdes ne devraient pas être utilisés de manière systématique à moins qu’ils ne soient indiqués pour d’autres raisons (par exemple pour le traitement de l’asthme et d’autres affections spécifiques), car leur utilisation a été associée à une élimination virale prolongée et à une immunosuppression entraînant une surinfection bactérienne ou fongique.

Tous les virus grippaux actuellement en circulation sont résistants aux antiviraux appartenant à la classe des adamantanes (par exemple, l’amantadine et le rimantadine), dont l’administration par monothérapie n’est donc pas recommandée.

Comment éviter d’attraper la grippe?

Le meilleur moyen pour éviter d’attraper la grippe est de se faire vacciner tous les ans. Les virus grippaux évoluent en permanence et, deux fois par an, l’OMS publie des recommandations pour mettre à jour la composition des vaccins. Pour la saison grippale 2016-2017 dans l’hémisphère Nord, la formulation du vaccin a été réactualisée en février 2016 pour contenir deux virus de type A (H1N1 et H3N2) et un virus de type B.

L’OMS préconise la vaccination annuelle pour les groupes à haut risque, parmi lesquels les personnels de santé. Dans l’idéal, on doit se faire vacciner juste avant le début de la saison grippale pour que la couverture soit le plus efficace possible, mais la vaccination, quel que soit le moment où on la fait pendant la saison, permet toujours d’éviter des infections grippales.

Qui est le plus exposé au risque e contamination?

Ce sont les femmes enceintes, à tous les stades de la grossesse, les enfants de moins de 5 ans, les personnes de plus de 65 ans, les sujets atteints d’affections chroniques, comme le VIH/sida, l’asthme, les cardiopathies, les pneumopathies et le diabète, les personnes ayant un risque accru d’être exposées à la grippe, parmi lesquelles les personnels de santé.

Quels sont les moyens de prévention ?

Le moyen le plus efficace de se prémunir contre la maladie est la vaccination. Des vaccins sûrs et efficaces existent et sont utilisés depuis plus de 60 ans. L’immunité que procure la vaccination s’estompe à travers le temps; c’est pourquoi la vaccination annuelle est préconisée pour se protéger contre la grippe. L’injection de vaccins antigrippaux inactivés est très répandue dans le monde entier.

Chez les adultes en bonne santé, le vaccin antigrippal assure une protection même lorsque les virus en circulation ne correspondent pas exactement à ceux du vaccin. Chez les personnes âgées, en revanche, le vaccin antigrippal peut être moins efficace pour prévenir la maladie mais amoindrit sa gravité et l’incidence des complications et des décès. La vaccination est particulièrement importante pour les personnes présentant un risque élevé de complications grippales et pour celles qui vivent avec des sujets à haut risque ou qui s’en occupent.

L’OMS recommande la vaccination annuelle pour les femmes enceintes à n’importe quel stade de leur grossesse, les enfants de 6 mois à 5 ans, les personnes âgées (à partir de 65 ans), les personnes souffrant d’affections chroniques, et les agents de santé. La vaccination contre la grippe est surtout efficace lorsque les virus vaccinaux correspondent bien aux virus en circulation. Comme les virus grippaux évoluent constamment, le système mondial OMS de surveillance de la grippe et de riposte (GISRS) ‒ réseau réunissant les centres nationaux de la grippe et les centres collaborateurs de l’OMS dans le monde entier ‒ surveille continuellement les virus grippaux qui circulent chez l’être humain et actualise deux fois par an la composition des vaccins grippaux.

Depuis de nombreuses années, l’OMS met à jour ses recommandations sur la composition du vaccin (trivalent) qui cible les 3 types de virus en circulation les plus représentatifs (2 sous-types du virus A et 1 virus du type B). Depuis la saison grippale 2013-2014 survenue dans l’hémisphère Nord, les recommandations portent aussi sur l’adjonction d’un quatrième élément entrant dans la composition de vaccins quadrivalents.

Ceux-ci contiennent un deuxième virus grippal de type B en plus des virus contenus dans les vaccins trivalents classiques et devraient offrir une protection accrue contre les infections dues au virus grippal B. Un certain nombre de vaccins grippaux inactivés et de vaccins grippaux recombinants sont disponibles sous forme injectable. Le vaccin grippal vivant atténué est administré par voie intra nasale.

La prophylaxie préexposition ou post exposition par antiviraux est possible mais dépend de plusieurs facteurs, à savoir: facteurs individuels, type d’exposition, et risque lié à l’exposition.

Outre la vaccination et le traitement antiviral, la prise en charge en santé publique comporte l’application de mesures individuelles de protection, à savoir se laver systématiquement les mains et les sécher correctement, respecter une bonne hygiène respiratoire: se couvrir la bouche et le nez lorsque l’on tousse ou éternue, utiliser des mouchoirs en papier et les jeter avec discernement, placer en auto isolement précoce les personnes qui ne se sentent pas bien, qui sont fiévreuses et qui présentent d’autres symptômes de la grippe, éviter les contacts proches avec des malades, éviter de se toucher les yeux, le nez ou la bouche.

Y a-t-il un lien entre la grippe saisonnière et la grippe pandémique?

Les flambées de grippe saisonnière sont dues à de petits changements des virus qui ont déjà circulé et contre lesquels beaucoup de gens ont acquis une certaine immunité.

Une pandémie se produit quand un virus grippal apparaît et que la plus grande partie de la population n’a aucune immunité contre celui-ci en raison de sa différence importante avec toutes les souches ayant déjà été observées chez l’homme. Cette nouvelle souche peut alors se propager facilement d’une personne à l’autre.

Les virus de la grippe saisonnière peuvent contribuer à l’apparition d’un virus pandémique ; une fois qu’un virus pandémique s’est établi, comme cela avait été le cas avec la grippe pandémique A(H1N1) en 2009, il peut devenir un virus saisonnier.

Qu’est ce que vous préconisez pour les patients à Djibouti?

Les personnes ayant une grippe doivent boire beaucoup d’eau et se reposer. La plupart guérissent en une semaine. Les médicaments antiviraux peuvent réduire les complications sévères et la mortalité, bien que les virus grippaux puissent développer des résistances. Ils sont particulièrement importants pour les groupes à haut risque. Dans l’idéal, il faut administrer tôt ces médicaments (dans les 48 heures suivant l’apparition des symptômes). Les antibiotiques ne sont pas efficaces contre les virus grippaux.

La grippe peut se propager rapidement d’une personne à l’autre lorsqu’un sujet infecté tousse ou éternue, dispersant des gouttelettes infectieuses dans l’air. Elle se transmet également par les mains contaminées par le virus.

Il faut prendre des mesures de précaution pour limiter la transmission. On doit se couvrir la bouche et le nez avec un mouchoir en papier pour tousser, le jeter ensuite, puis se laver les mains soigneusement et régulièrement.

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