Entretien avec…Moustapha Mohamed Ismaïl Directeur Général de l’ANSIE

20 mars 2018 8 h 40 min2 commentsViews: 508

« La modernisation ET l’efficience de l’administration de l’état sont les missions essentielles de l’ANSIE »

Entretien avec…Moustapha Mohamed Ismaïl (2)

La Nation :- Monsieur le directeur général, l’agence nationale des systèmes d’informations de l’Etat est une jeune institution qui est née en juillet 2015 à l’initiative du président de la république dans un souci de modernisation de l’administration de l’Etat. Quelles sont les principales réalisations de l’agence au cours de ces deux ans et demi d’existence ?

Moustapha Mohamed Ismaïl :- L’objectif de la création de l’agence répond à un souci de modernisation de l’administration pour l’adapter au contexte des grands changements  économiques observés dans notre pays au cours des dernières années. Il s’agit de l’introduction de  l’usage des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans l’administration pour développer cette relation numérique entre l’administration et les citoyens mais aussi les entreprises du secteur privé, d’où la définition du concept de E-gouvernement. Nous sommes partis du constat que les systèmes d’information de l’Etat se sont  construits pour répondre à des besoins propres à chaque administration. Il n’existe, ou très rarement, aucune interaction, aucun mécanisme d’automatisation d’échanges d’informations qui pourraient faciliter et faire bénéficier un gain de temps mais aussi de performance pour l’administration.

Dès le départ, nous nous sommes fixés comme objectif prioritaire, la mutualisation des ressources informatiques de l’Etat en construisant un centre de données (ou Datacenter) hautement sécurisé et performantrépondant surtout à des impératifs de disponibilité et de sécurité. Il dispose d’un système de contrôle sur l’environnement (surveillance de la climatisation, système de prévention contre l’incendie…etc.), une alimentation d’urgence et redondante, ainsi qu’une sécurité physique élevée (contrôle d’accès, caméras de surveillance). Le data center est aujourd’hui opérationnel. Les infrastructures déployées au sein du Datacenter peuvent être utilisées comme un cloud privé. Elles reposent sur des serveurs, des systèmes de stockage  et des ressources en réseau de dernière génération qui permettent à l’Administration de stocker ses données et de lancer ses applications. Nous pouvons par conséquent développer des applications informatiques pour les administrations et les héberger ici.

Un 2ème  objectif prioritaire était de mettre à la disposition de l’ensemble des ministères des adresses emails professionnelles sous le domaine « gouv.dj » en vue de développer l’image l’administration et de limiter l’utilisation des adresses mails gratuites (Gmail, Yahoo, Hotmail, …) uniquement à des usages privés. Le service de messagerie permet d’envoyer, de recevoir, de stocker des messages électroniques, de communiquer rapidement et de façon sécurisée.

La 3ème priorité que nous avons définie consistait à normaliser et interconnecter les réseaux de l’administration pour que les échanges entre les différentes administrations se fassent d’une manière fluide et aussi pour maitriser les coûts de communication de l’administration générale de l’Etat.

Le 4ème objectif prioritaire que nous avons décidé portait sur la mise en ligne d’un portail de service publique où les citoyens puissent à titre d’information connaître les différentes démarches administratives. Ce portail, dont sa première version est disponible à l’url http://www.egouv.dj, recouvre aujourd’hui aux alentours de 70 procédures administratives en se focalisant uniquement sur des questions simples pour les utilisateurs à savoir : Pour tel service, où s’adresser, les documents à fournir, le délai et le coût éventuellement en s’appuyant sur les bases juridiques existants.

Ce travail est aujourd’hui finalisé. Nous comptons incessamment sous peu lancer une grande campagne de sensibilisation sur les medias nationaux ainsi que sur les réseaux sociaux  pour savoir le ressenti des utilisateurs et donc disposer des observations et des suggestions des utilisateurs.

Le portail est amené à être évolutif, nous sommes en train de préparer la 2ème phase qui permettra aux utilisateurs et usagers de l’administration de télécharger les formulaires et autres documents administratifs utiles à leurs démarches et de disposer également d’un annuaire téléphonique structuré de l’administration.

L’objectif ultime étant de permettre aux usagers de faire directement leurs demandes directement à l’administration concernée à travers ce portail.

Un dernier point à propos des travaux, que nous avons mené l’année dernière, concerne la sensibilisation à travers un atelier de formation sur le thème de la sécurité à une cinquantaine  d’informaticiens de l’Etat. Notre but essentiel consistait à les sensibiliser sur les menaces qui peuvent exister sur les applications orientées Web et sur les réseaux.

Notre pays est engagé aujourd’hui dans une politique globale d’amélioration de l’environnement des affaires avec une série de 10 reformes structurelles. Des réformes aujourd’hui saluées par la Banque mondiale et qui ont abouti à une performance notable pour Djibouti qui passe  de la  171ème place en 2017 à la 154ème place en gagnant 17 places dans le classement annuel de Doing Businness qui mesure l’évolution économique de 190 pays à travers le monde. Sur ces reformes importantes, quel est l’apport justement de l’ANSIE ?

Vous savez dans le cadre de l’amélioration des affaires dans notre pays, nous avons travaillé en partenariat avec l’ANPI pour leur apporter notre collaboration technique en travaillant sur les registre de crédit et de garantie et sur l’automatisation du tribunal de première instance, notamment pour les procédures civiles et commerciales.

L’ANSIE a donc apporté la maîtrise d’ouvrage nécessaire pour ces deux projets. Pour l’automatisation de la justice, nous avons joué un rôle d’assistant technique et  d’interface entre la société «DOGOLEY» qui a développé le système d’automatisation et le ministère de la Justice qui est le principal bénéficiaire. Nous avons de concert traduit les exigences et les besoins fonctionnels en terme technique pour faciliter le dialogue entre la société et le bénéficiaire.

Pour ce qui concerne le registre de crédit et de garantie, nous avons en collaboration avec la Banque centrale pu mener de bout en bout le projet c’est à dire de la collecte des expressions des besoins au développement de l’outil.

Cette application, dont une première version a été présentée lors de l’atelier du jeudi 08 mars dernier portant sur cet indicateur  entre la mission de la banque mondiale en charge du dossier de Djibouti et les partenaires financiers de la place, est développée à 100% en interne par les équipes de l’ANSIE. C’est une première pour l’agence et nous en sommes fiers et honorés du travail accompli. Bien entendu, cet outil est appelé à évoluer pour tenir compte des observations et besoins des établissements financiers de la place et surtout tenir compte des critères d’évaluation de Doing Business.

Si je vous comprends bien, l’ANSIE a un rôle central sur ces deux reformes puisque c’est ici à travers votre data center que vous centralisez l’ensemble des données de l’automatisation de la justice et du registre de crédit et de garantie. Est ce exact ?

Tout a fait. Il est important de stocker et de sécuriser l’ensemble de ces données qui sont sensibles et confidentielles. Je vous le disais au début de mes propos que le gouvernement souhaite mutualiser les ressources informatiques de l’Etat. Nous, de par les missions qui nous est assigné, jouons un rôle de délégation informatique pour l’hébergement et/ou la gestion totale ou partielle des solutions critiques de l’ensemble des administrations de l’État selon leurs besoins. Nos atouts étant une infrastructure en permanence supervisée, sécurisée et mise à jour par un personnel hautement qualifié et certifié professionnellement. Nous avons ainsi des impératifs de disponibilité et de gestion efficace pour soulager les administrations.

Monsieur le directeur général, dernière question. Quelles sont les perspectives de l’ANSIE au cours des 5 prochaines années ? 

Nous sommes en phase de négociations  avec la Banque mondiale pour le financement d’un projet de modernisation de l’administration publique. C’est un projet très ambitieux qui comprend deux grandes composantes essentielles. Une première composante qui vise à renforcer la fondation due-Gouv en développant une plateforme d’interopérabilité qui va justement faciliter la communication entre les différents systèmes hétérogènes existants aujourd’hui, renforcer également la cyber sécurité.

Il est également prévu dans cette première composante un projet d’importance capital et essentiel de mise en œuvre d’un système d’identification électronique nationale des citoyens avec l’attribution d’un numéro identifiant unique (NIU),lequel numéro pourrait être utilisé et partager par les bases des données des différentes administrations.

Et aussi, cette composante comporte  un renforcement institutionnel pour promouvoir la transparence et faciliter l’accès à l’information à travers un portail de données ouvertes (open data).

La 2ème composante vise à moderniser l’administration fiscale et douanière. Nous aurons l’occasion de revenir plus en détail sur cette partie au moment opportun.

Propos recueillis par Salah Ismaïl Wabar  

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