Entretien avec Dr Moustapha Mohamed Hachi

9 janvier 2018 10 h 06 min0 commentsViews: 102

Pédiatre néonatologue à l’hôpital « Cheiko » de Balbala, Dr Moustapha Mohamed Hachi est aussi titulaire de diplômes universitaires en gastropédiatrie et en nutrition infantile et d’un Master en santé publique. Dans cet entretien, il nous explique les causes et signes cliniques de la leishmaniose. La façon de faire le diagnostic aussi qui ouvre droit au traitement approprié contre cette maladie

« La leishmaniose est présente dans 61 pays sur 4 continents »

Entretien avec Dr Moustapha Mohamed Hachi (1)

Qu’est ce que  la leishmaniose?

Les leishmanioses sont des maladies parasitaires dues à un protozoaire flagellé du genre Leish­mania, transmis de mammifère à mammifère par piqûre d’un diptère vecteur, le phlébotome femelle. Elles sont répandues sur tous les continents à l’exception de l’Océanie, sous la forme de foyers plus ou moins étendus. On recense dans le monde environ 2 millions de nouveaux cas humains par an, d’expressions cliniques variées, depuis la leishma­niose cutanée localisée bénigne jusqu’à la leishma­niose viscérale avec dissémination du protozoaire dans tout l’organisme.

La leishmaniose est présente dans 61 pays sur 

4 continents, et environ 200 millions de personnes sont exposées au risque de contamination. Son incidence à l’échelle mondiale est de 500.000 cas par an, dont 90 % sont recensés dans seulement 5 pays : Inde (près de 90 % des cas mondiaux dans le seul état du Bihar), Népal, Bangladesh, Soudan, Brésil (environ 4 000 cas par an, surtout dans le nord-est du pays, en relation avec la malnutrition infantile). De grandes épidémies meurtrières sont survenues en Inde (300 000 cas entre 1977 et 1980 dans l’état du Bihar ; 2 % de mortalité) et au Soudan (100.000 morts entre 1989 et 1994).  Dans notre pays, les régions du nord que sont Obock et Tadjourah sont les plus concernées mais aucune étude épidémiologique n’a été faite.

Quelle est la cause de cette maladie et comment se transmet-elle ?

La leishmaniose est causée par les phlébotomes qui sont des moucherons hématophages (1,5 mm à 4 mm) qui piquent surtout le soir et la nuit par temps calme. Seule la femelle, hématophage, assure la transmission de la leishmaniose. Leur gîte est constitué par les anfractuosités de murs et de terriers où ils se gorgent sur des micromammifères (rongeurs…) pouvant constituer le réservoir pour certaines espèces de leishmanies. Présents toute l’année en zone intertropicale, les phlébotomes apparaissent seulement l’été en région tempérée où ils confèrent à la maladie un caractère saisonnier.

La leishmaniose viscérale est  prédominante à Djibouti. En fait, il faut distinguer 2 formes de leishmaniose viscérale (LV) .Tout d’abord la LV anthroponotique (LVA), avec l’homme comme seul réservoir de Leishmania donovani. Elle sévit sous forme d’épidémies au Soudan, en Éthiopie, Djibouti.  Et la LV zoonotique (LVZ) due à L. infantum (syno­nyme : L. chagasi en Amérique latine), avec comme réservoir de parasites le chien, qui peut développer une maladie mortelle. Elle est décrite en Chine, au Pakistan, en Amérique latine et dans le bassin méditerranéen.

Quelles sont les signes cliniques de cette maladie chez un enfant ?

Les signes cliniques  sont fièvre irrégulière, pâleur, splénomégalie avec adénopathies et macules noirâtres ou bistre (kala azar).

Comment fait-on le diagnostic chez un enfant présentant la leishmaniose ?

Le diagnostic est biologique. Les signes biologiques d’orientation sont une pancytopénie(état morbide dans lequel il y a réduction du nombre de globules rouges et blancs, ainsi que du nombre de plaquettes) plus ou moins prononcée associant anémie, leuco neutropénie et thrombopénie ainsi qu’un syndrome inflammatoire : vitesse de sédimentation globulaire très accélérée, hyperprotidémie et hypergammaglobulinémie polyclonale. Dans notre expérience, la pancytopénie est retrouvée dans 90 % des formes pédiatriques. La positivité de la sérologie induit une très forte présomption diagnostique.

Classiquement, le diagnostic de certitude nécessite un prélèvement de moelle osseuse (sternum chez l’adulte, crête iliaque chez l’enfant). Mais la leuco centrifugation à partir d’un prélèvement de sang périphérique peut permettre le diagnostic de certitude, avec toutefois plus de chances de visualiser des parasites si le malade est particulièrement immunodéprimé.

Y-a-il un traitement approprié contre la leishmaniose?

Oui mais, sans traitement elle est fatale, l’efficacité des antimoniés dans le traitement des leishmanioses est confirmée par près d’un siècle d’utilisation. Les produits disponibles sont l’antimoniate de méglumine (Glucantime®) stibogluconate de sodium (Pentostam®) dans les pays anglo-saxons pendant 4 semaines. En raison de sa toxicité cardiaque (conduction ventriculaire), rénale et pancréatique, ce traitement, peu onéreux par lui-même, impose un suivi biologique et clinique étroit. C’est le traitement de première intention dans les zones d’endémie à faibles revenus. La durée du traitement dure 3 à 4 semaines et doit être intra hospitalier.

Quels conseils donneriez-vous face à cette maladie?

Chaque mère doit suivre les consignes  du médecin et venir à  l’hôpital ou aux centres de santé communautaires le plus proche de son quartier ou de sa localité des qu’elle aperçoit  ces signes  chez son enfant.

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