En aparté avec…Elmi Nour Djama Directeur général du Diwan des Biens Waqfs

8 novembre 2018 8 h 23 min0 commentsViews: 31

Il fut, durant 3 années, à la tête du Diwan de la Zakat, une organisation qui doit son existence et son succès au Président de la République, Ismaïl Omar Guelleh. Aujourd’hui, il est à la tête d’un autre Diwan, celui des Biens Waqfs. Nommé en avril 2017 directeur général de cet établissement public tout aussi important, Elmi Nour Djama est décidemment un homme modeste et surtout mesuré. Tout au long de cette interview exclusive qu’il a bien voulu nous accorder, vous découvrirez sa vision et les projets qu’il compte réaliser pour faire du Diwan des Biens Waqfs, une institution clé qui joue son rôle dans le développement socio-économique de notre pays. « Pour y arriver, dit-il, il nous faut prendre des choix tactiques ». Entretien…

« Nous voulons faire du Diwan des Biens Waqfs, le levier de la solidarité

En aparté avec…Elmi Nour Djama (1)

Monsieur le Directeur général, vous êtes depuis maintenant un an et demi à la tête du Diwan des Biens Waqfs. Pourriez-vous avant toute chose nous expliquer brièvement ce que le Waqf…

Bien sûr. Mais permettez-moi d’abord de remercier le journal La Nation pour m’avoir offert cette opportunité. Si je reviens à votre question, le Waqf est loin d’être méconnu sous nos cieux. C’est une pratique ancrée dans l’esprit collectif des Djiboutiens qui l’ont préservé à divers stades de l’évolution sociale. C’est une tradition généreuse, un acte de foi et d’adoration de Dieu. Une grande partie du patrimoine Waqfs gérée aujourd’hui par le Diwan a été léguée au début du XIXe siècle par des grands bienfaiteurs djiboutiens tels que Cheick Hamoudi Ahmad,  Haji Dideh Idly, ou encore Mouti (Allah Yarhamoum). C’est vous dire combien la richesse et la diversité du patrimoine, géré aujourd’hui par le Diwan, reflètent l’intérêt particulier porté par les djiboutiens à la solidarité sociale.

Quelles sont les missions du Diwan des Biens Waqfs ?

Le Diwan des Biens Waqfs est un établissement public chargé de la gestion et du développement des Biens Waqfs. La totalité des biens Waqfs, dont nous assurons la gestion, est attribuée aux différentes mosquées. Cependant, les revenus, que génèrent ces biens, sont uniquement utilisés pour le financement des travaux d’entretien et de rénovation de ces mosquées.  Car selon les dispositions de la Charia, il nous est formellement interdit d’utiliser ces revenus à d’autres fins de bienfaisance. En outre, le Diwan des Biens Waqfs a pour mission d’assurer la gestion des cimetières.

Vous êtes en train de nous dire qu’il n’existe pas encore de biens waqfs dont les revenus sont destinés à financer des actions de solidarité envers nos plus fragiles…

Malheureusement, non. Il n’y a pas pour l’instant des biens waqfs attribués aux œuvres de bienfaisance. Mais, croyez-moi, cette situation appartiendra bien tôt au passé. Parmi les priorités que nous nous sommes fixées figure notamment la mise en place d’une stratégie de communication décisive. Pour atteindre ces objectifs, nous voulons en effet sensibiliser et encourager tous ceux et toutes celles désireux de léguer une partie de leurs biens, de destiner les revenus de leurs waqfs aux actions de solidarité. En adoptant cette approche, ils soutiennent les plus fragiles et renforcent nos liens de partage, d’entraide et de solidarité.

Parlez-nous maintenant du nouveau centre commercial qui vient d’être inauguré par le chef de l’Etat. Quelle est la capacité de cette structure…

Tout d’abord, je remercie infiniment le Président de la République, M. Ismaïl Omar Guelleh, et la Première Dame du pays, Mme Kadra Mahamoud Haïd, qui ont rehaussé de leur présence la cérémonie d’inauguration du centre Al-Rayan. Si je reviens à votre question, la cérémonie de mercredi 31 octobre dernier marquait l’inauguration de deux projets d’infrastructures, notamment un complexe commercial dénommé Al-Rayan et un complexe résidentiel de quatre bâtiments situé sur le côté sud immédiat de la direction générale de la protection civile. D’une superficie de 5800 mètres carrés sur un terrain de 11000 m2 de surface totale, le centre commercial Al-Rayan est composé d’un supermarché de 2200 m2, équipé de trois chambres froides et d’un système de climatisation centralisée. Il dispose également de 36 boutiques qui se situent sur le périphérique du supermarché, de 4 magasins, de deux blocs sanitaires et de deux parkings ayant une importante capacité d’accueil. Concernant le complexe résidentiel, il a été finalisé en 2016 et est composé de quatre bâtiments dont deux abritent les locaux du Ministère de la Femme et du Ministère délégué à la Décentralisation. Les deux autres servent de bâtiments résidentiels. Ce grand projet de construction du complexe résidentiel et du centre commercial Al Rayan a été financé sur un prêt d’un montant total de 10 millions de dollars soit près de 1 milliard 780 millions de nos francs, contracté auprès de la Banque Islamique de Développement (BID).

Avez-vous prévu donc de louer toutes les structures qui composent ce complexe, supermarché y compris ?

Oui, nous comptons mettre en location toutes les structures qui composent le complexe Al-Rayan. C’est ce que nous avions prévu lors de la conception du projet de construction. Il nous faut rembourser le prêt de la BID, grâce auquel nous avons réalisé ce grand projet. Sommes-nous optimistes ? Absolument.

Les Djiboutiens ont une conception plutôt puérile des biens waqfs. A leurs yeux, ces propriétés n’appartiennent à personne et doivent être louées à des prix dérisoires…

C’est une idée fausse et indigne de notre religion. Notre mission en tant qu’institution chargée de la gestion des biens waqfs consiste à corriger ce genre d’ambiguïté.  Existe-t-il des locaux waqfs loués à des prix dérisoires ? Oui. Et cela est dû à la vétusté de certains bâtiments. Mais ce n’est pas pour autant que l’on doit avoir un regard méprisant sur les biens waqfs. Actuellement, nous sommes à la recherche de sources de financement conforme aux percepts islamiques, afin de rénover certains de ces vieux édifices. Ce qui nous permettra de réviser la grille de location selon le prix du marché.Toutefois, je tiens à rappeler que le Waqf est une propriété d’Allah. C’est une œuvre de bienfaisance qui constitue un investissement pour l’au-delà et qui rappelle aux musulmans la vie éternelle.

Parlons maintenant des cimetières. Le gouvernement vient de vous accorder une extension de l’ancien cimetière de PK12. Il est évident que ce nouveau terrain ne tiendra pas éternellement. Est-ce que vous allez demander infiniment une autre extension. Et encore une autre. Et toujours une autre ?

(Rire…) Très bonne question. Pour vous répondre directement, je dirai que non, nous n’allons pas, comme vous le dites, demander infiniment une autre extension. C’est une approche ridicule et surtout impossible. Nous nous devons de réfléchir sur une autre alternative. Pour cela, nous voulons très prochainement envoyer des émissaires dans les pays arabo-musulmans afin qu’ils puissent bénéficier de leur expertise et de leur connaissance en matière d’enterrement. Parce qu’ils sont, croyez-moi, plus avancés que nous.

Vous avez récemment octroyé des voitures de marque Dyna aux régions de l’intérieur. A quoi serviront ces véhicules ?

Il n’est un secret pour personne qu’il existe dans nos régions des cimetières anarchiques, situés près des zones de forte densité. C’est pour mettre un terme à cette pratique que nous avons convenu avec les responsables de chaque région d’aménager de nouveaux cimetières. Etant donné que les nouveaux sites restent un peu éloignés des chefs-lieux, nous avons jugés opportun de mettre à la disposition des populations des 5 régions des moyens de transports funéraires adéquats. C’est sur instruction du ministre des Affaires Musulmanes, de la Culture et des Biens Waqfs, que nous avons réalisé cette initiative.

Ma dernière question porte sur les perspectives du Diwan des Biens Waqfs. Quels sont vos projets et comment comptez-vous les réaliser ?

Pour faire du Diwan des Biens Waqfs une institution qui joue un rôle clé dans le développement socio-économique de notre pays, il nous faut prendre des choix tactiques. Outre le centre commercial Al Rayan qui vient d’être inauguré par le chef de l’Etat, il existe un autre grand projet de construction d’un nouveau commercial. Il est en cours de réalisation sur le site qui abritait l’ancien marché de la place Harbi. Le promoteur de ce projet, une société yéménite, assurera la gestion des revenus générés par le centre commercial pour une durée déterminée de 15 ans et versera chaque année une certaine somme au profit du Diwan des Biens Waqfs. Il s’agit là de deux projets novateurs qui s’inscrivent dans notre stratégie visant à booster l’efficacité économique de l’institution. Le Diwan des Biens Waqfs doit en effet disposer de ses propres ressources et revenus alloués à 100% à des causes sociales comme la construction des mosquées, des hôpitaux, des écoles, des universités, etc… En clair, notre objectif sur le long terme consiste à faire du Diwan un instrument social efficient qui soutient les efforts du gouvernement. Nous voulons par ailleurs organiser des assises nationales sur les biens waqfs. Ces assises vont réunir des oulémas, des experts, des juristes, des étudiants et des acteurs de la société civile pour discuter de l’importance du Waqf. Sur un autre volet, le Diwan entend redynamiser et intensifier ses relations de partenariat avec les institutions en charge du Waqf dans les pays frères comme le Koweït, l’Arabie Saoudite etc… Nous voulons bénéficier de leur expertise, leur connaissance en matière de finance Islamique. Bref, nous envisageons de jeter les bases d’un partenariat solide avec les institutions bancaires islamiques afin de rénover certains vieux édifices loués aujourd’hui à des prix dérisoires. Et nous osons espérer que les banques islamiques de la place seront réceptives à notre volonté d’instaurer des liens de coopération et deviendront  ainsi des partenaires à part entière.

Pour conclure, permettez-moi enfin d’adresser mes remerciements les plus sincères à mon ministre de tutelle, M. Moumin Hassan Barreh, pour son soutien indéfectible dans toutes nos démarches.

Propos recueillis par AAD 

Leave a Reply


Trackbacks