En aparté avec…Abdourahman Aouad Izzi Directeur général adjoint des Douanes et Droits Indirects

13 septembre 2018 8 h 33 min0 commentsViews: 79

Il est jovial et surtout pragmatique. Abdourahman Aouad Izzi, directeur général adjoint des Douanes et Droits Indirects,est un optimiste enthousiaste. Titulaire d’une maitrise d’administration économique et sociale obtenue à  l’Université de Rennes, en France, ce quinquagénaire à l’allure soignée et au regard vigilant a intégré la Douane en 1991, alors connue sous l’appellation de service de contributions indirectes. Dans cet entretien, il évoque les domaines d’intervention de la douane, explique la polyvalence de cette institution régalienne et révèle l’apport de la Douane dans les recettes propres de l’Etat. Interview…

 » Les recettes douanières représentent environ 56% des recettes propres de l’Etat »

Monsieur le directeur général Adjoint des Douanes et Droits Indirects, présentez-nous brièvement les missions de l’institution douanière…

Très bonne question. Je pense que les réponses vont éclairer  les citoyens sur les domaines d’intervention de la douane dans le pays qui, confinent souvent celle-ci au simple rôle de  collecte de l’impôt.

Suivant l’article 1er du code des douanes, les 23 000 Km2 du territoire est sous douanes. Il s’agit du territoire continental, des îles et des eaux territoriales (20 000 miles).

Dans cette espace géographique, à l’image de ses consœurs dé par le monde, la direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) reste une institution régalienne. A ce titre, elle est investie de triples missions. La première est  de pourvoir le budget de l’Etat en recettes  en application du droit fiscal douanier Il s’agit là de la mission principale de la douane.

Quant à la seconde mission, elle est purement économique. C’est-à-dire que la Douane est une administration qui joue un rôle prépondérant dans le développement des échanges commerciaux en simplifiant et harmonisant les formalités douanières qui  sont des éléments-clés pour assurer la compétitivité de l’économie nationale et créer ainsi un climat propice aux investissements. Enfin, la troisième mission de la DGDDI est une mission de protection des citoyens et de l’environnement. Nous apportons notre concours pour la protection des citoyens en veillant au respect des réglementations, applicables à l’importation, en matière de contrôle des normes techniques et des mesures sanitaires. Notre intervention dans ce domaine consiste également à lutter contre les délits courants de fraude et à juguler les trafics illicites de marchandises susceptibles de menacer la santé publique (stupéfiants, articles contrefaits, produits dangereux ou non conformes aux normes sanitaires etc.).

Pouvez-vous être plus explicite sur ce dernier point ?

Il est bien évident que cette mission de protection ne peut être complète sans parler de la participation de la douane dans le domaine de la sécurité nationale.  En effet, grâce à ces agents placés au niveau des frontières, elle lutte inlassablement contre tout ce qui pourrait nuire à la sécurité publique, notamment le trafic d’armes ou d’explosifs. La Douane concourt par ailleurs à la préservation de la faune et de la flore. Elle lutte ainsi contre le trafic illicite d’espèces animales et végétales menacées d’extinction et veille à la circulation produits nuisibles à l’environnement (déchets toxiques, substances chimiques, produits polluants, etc.). Voilà en résumé les missions régaliennes de la Douane Djiboutienne.

Une multitude de missions qui fait de la Douane une institution plutôt polyvalente, on dirait…

Absolument. Vous savez, l’originalité de la Douane réside fondamentalement dans les activités pour s’acquitter de ses missions. Ces activités découlent de La loi 53/AN/PR/ 2014 portant organisation du ministère du Budget qui a défini de manière précise les attributions  de l’administration fiscale que j’ai l’honneur de servir au mieux chaque jour. La polyvalence, que vous soulignez dans votre question, relève plus de la spécialisation des activités, mais non cloisonnées, que des missions régaliennes. La première spécialisation repose sur les compétences assignées à chaque service qui compose la douane. Exemple, le service de régimes suspensifs traite principalement les produits pétroliers, celui du transit Ethiopien est habilité seulement à dédouaner les marchandises à destination de ce pays, le service informatique, nomenclature et statistiques dont la compétence est délimitée par sa dénomination etc… Enfin  cette polyvalence s’intègre dans la formation continue dispensée chaque année par l’administration douanière au profit de ses agents. Et ce afin que ces derniers acquièrent la capacité d’exercer plusieurs tâches voir plusieurs fonctions cumulatives.  Il est à noter que l’action de la douane s’inscrit parfaitement  dans les  prérogatives qui lui sont dévolues. Lesquelles sont régies par des dispositions législatives et réglementaires relatives à la détention et à la circulation des marchandises sur le territoire douanier de la République de Djibouti. Ainsi, les agents des douanes disposent par exemple; le pouvoir de procéder à l’inspection physique des marchandises déclarées, de contrôler les moyens de transport et les personnes, contrôler, si besoin est, l’identité des personnes,  d’exiger de toute personne physique ou morale la communication des documents relatifs à des opérations de douane. A cela s’ajoute la participation de la douane aux négociations  concernant le domaine douanier au niveau des instances régionales tel que le COMESA ou l’IGAD ou multilatérale tel que l’Organisation Mondiale des Douanes (OMD), l’Organisation Mondiale de Commerce, l’Union Africaine.

Comme vous pouvez le constater, les métiers de la douane sont variés et demandent pour certains d’entre eux une formation de haut niveau. Singulière par sa polyvalence, la douane l’est encore par le statut de ses agents.

Justement, en ce qui concerne le personnel de la Douane, il existe combien de catégories de douaniers ?

Il existe deux catégories principales de douaniers. Celle qui est en charge des opérations commerciales  et celle en uniforme chargée de la surveillance et des contrôles. Je viens d’utiliser le terme « principale » parce qu’il existe aussi une autre catégorie au sein de l’administration douanière qui participe au fonctionnement de la direction générale des Douanes et Droits indirects. C’est la catégorie connu sous l’appellation « personnel de l’administration centrale » qui est composée de secrétaires,  du personnel de la direction administrative et financière, des chauffeurs,  et des femmes de ménages. Je tiens d’ailleurs à rendre hommage aux femmes et aux hommes de cette catégorie.

Revenons aux  deux types d’agents douaniers qui forment l’ossature de la douane Djiboutienne. Les agents en uniformes (les brigadiers) sont placés sous l’autorité directe du directeur de la surveillance et des contrôles. Leur nombre forme environ 2/3 de l’effectif de la douane. Les  agents de brigades travaillent par roulements tous les huit heures, soit 3 x 8, c’est-à-dire 24 h sur 24 sans arrêt tous les jours, y compris  les jours fériés. Leur présence est permanente au niveau des frontières  géographiques et fiscales (ports aéroport, gare free zone, PK 51, Ali Sabieh, Dikhil, Galafi Tadjourah, Obock). Quant à l’autre catégorie, elle est placée sous l’autorité directe du directeur des opérations. Les agents douaniers affectés à cette direction sont dénommés « agents de bureaux ». Ils sont chargés du dédouanement des marchandises qui commence par la prise en charge des marchandises (bureau manifeste) en passant par le contrôle et la taxation des marchandises déclarées pour finir par la liquation des droits et taxes. Il  faut souligner ici que l’encaissement de droits et taxes calculés par la douane est effectué par les caissières du trésor national placé dans chaque bureau de la direction des douanes et droits indirects.

Depuis 2009, les recettes fiscales ont connu une constante évolution. Comment expliquez-vous cette croissance ?

Comme vous  le savez, notre pays jouit d’une croissance forte et soutenue  de 6,3% en moyenne annuelle depuis le début des années 2010. Le FMI a estimé la croissance du PIB à 7% en 2017, soit légèrement plus élevée qu’en 2016. Il s’agit d’un dynamisme économique positif, tiré principalement par les investissements directs étrangers (IDE) qui ont créé dans une certaine mesure des emplois précaires dopant ainsi la fonction consommation et par là même assurant une augmentation faible des importations taxables. Cependant, il faut savoir que les importations dans les cadres des IDE ont explosé. Ces importations sont exonérées des droits de taxes indirects. Je dirai donc que si les recettes douanières ont connu une constante évolution ces dix dernières années, c’est parce que nous avons mis en place un système efficace de lutte contre la contrebande et les fraudes fiscales. Cette constante évolution des recettes fiscales découle également de la mise en place par le directeur général des Douanes et Droits Indirects d’une gestion administrative rigoureuse et efficace.

En effet, dès sa nomination à la tête de cette institution régalienne, Gouled Ahmed Youssouf  a entrepris toutes les démarches nécessaires pour d’abord revaloriser les agents douaniers. Puis, il a instauré une politique favorisant le douanier juste et honnête dans sa fonction. Celui ou celle qui n’a pas ce profil, a directement été mis à l’écart. Et, à vrai dire, ce management visionnaire a permis la réduction drastique du phénomène de la corruption au sein même de l’administration douanière. Ce qui m’amène à vous dire que l’évolution en hausse des recettes douanières découle  également de l’encadrement et la bonne gestion des services douaniers.

A combien s’élève l’apport de la Douane dans les recettes propres de l’Etat ?

Je peux vous dire que les recettes douanières représentent environ 56% des recettes propres de l’Etat, soit plus de la moitié des recettes fiscales. En 2017, nous avons réussi à collecter plus de 34 milliards de recettes. Depuis 2009, les recettes fiscales de la Douane n’ont cessé d’augmenter. En 2015 par exemple, nous avons eu une augmentation de plus de 16% par rapport à 2014. En 2016 encore, nous avons eu une augmentation de 6% par rapport à 2015. Et en 2018, nous attendons une hausse significative des recettes fiscales.  Incha ALLAH.

Propos recueillis par AAD 

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