Djibouti/Arabie Saoudite : Une convergence d’intérêts géostratégiques

18 septembre 2017 9 h 48 min0 commentsViews: 292

Une notion géopolitique précise que ″ toute puissance qui domine les détroits les plus importants de la planète, dispose d’une totale maîtrise sur le commerce mondial″. Partant de ce concept, il nous semble juste de mentionner que les pays, situés dans l’un de ces détroits, occupent une place enviable sur l’échiquier international. C’est le cas de la République de Djibouti. En effet, notre patrie, dotée d’une situation géographique avantageuse par sa domination du versant d’Ouest de Bab-Al Mandab, représente non seulement le prolongement stratégique du Royaume d’Arabie Saoudite mais aussi son espace vital et sa première ceinture de sécurité.

L’ambition d’un pays, déterminé à jouer un rôle central dans les affaires régionales et internationales, se mesure à la justesse de la lecture qu’il se fait de l’importance de sa position géographique, de son poids économique, de son influence politique et de ses capacités militaires mais aussi de  l’étendue du périmètre de son espace vital. Cette notion géopolitique s’inscrit parfaitement dans la vision renouvelée du royaume saoudien. Ce géant occupe les 3⁄4  de la superficie totale de la péninsule Arabique et son territoire s’étend depuis pratiquement tout le littoral Est de la Mer-Rouge jusqu’au golfe arabique. Ses énormes ressources énergétiques, son poids financier, ses capacités militaires, son incontestable leadership du monde arabo-musulman, son influence sur la scène mondiale, font du royaume saoudien, sentinelle et serviteur de deux lieus Saints de l’Islam, un acteur incontournable.

Grâce à son positionnement unique, notre pays s’intègre dans une approche saoudienne multidimensionnelle, non seulement parce qu’il est par sa proximité le prolongement stratégique du royaume saoudien avec lequel nous partageons bien des valeurs mais aussi du fait de la considération de l’aspect géostratégique, Djibouti constitue dans la Corne de l’Afrique, la première ceinture de sécurité  dans  l’espace vital de ce royaume frère.

Aussi, le Président Ismaïl Omar Guelleh et le Roi Salman Bin Abdelaziz- al-Saoud, partagent une vision commune face aux enjeux géostratégiques et géopolitiques de la région et du monde et cordonnent en conséquence leurs actions diplomatiques sur la scène régionale et internationale. A plusieurs  échelles, notre pays entretient avec ce géant du golfe plus que centenaire et gardien de deux lieux saints de l’Islam des relations aussi excellentes que particulières. Dans ce sens, la réélection du 8 avril dernier du Président IOG pour un nouveau mandat, demeure synonyme de la continuité, de la redynamisation et de l’élargissement  des liens historiques entre les deux pays.

 

 

DjiboutiArabie Saoudite Une convergence d’intérêts géostratégiques

…Un soutien historique

Le royaume saoudien avait fortement soutenu la lutte du peuple djiboutien pour accéder à  l’indépendance. Son concours politique et financier ont été extrêmement déterminants à cet effet. Aussi, sur le plan bilatéral avec la France qu’au sein des institutions régionales et internationales, les leaders Saoudiens avaient résolument milité en faveur de notre cause. Lorsque la victoire se concrétise, il est indéniable que les premières heures d’indépendance de toute nation constituent un moment crucial  pour son existence.

Dans ce contexte, à des multiples niveaux, la situation de Djibouti était préoccupante. D’une part, la jeune nation faisait l’objet d’une convoitise démesurée des puissances communistes de la sous-région, et d’autre part, elle ne disposait pas des ressources financières suffisantes et susceptibles à faire fonctionner le nouvel Etat. De telles problématiques jetaient de l’ombre sur l’avenir du pays en tant qu’Etat souverain et provoquaient naturellement des doutes dans l’esprit des leaders djiboutiens de l’époque.

En ce temps où l’incertitude semblait donner raison aux pessimistes doutant de la viabilité de l’indépendance de Djibouti, un événement historique les a glorieusement démentis. En effet, conscient de son envergure de leadership dans le monde arabo-musulman, de ses responsabilités religieuses et morales,  le royaume saoudien, sentinelle et serviteur de deux lieux saints de l’Islam, arrêta une remarquable décision en attribuant à notre pays une aide toute aussi généreuse qu’exceptionnelle de 10 millions de dollars américains. Cette heureuse initiative saoudienne a mis définitivement un terme à la spéculation au sujet de l’existence de Djibouti.

Ce concours louable des dirigeants Saoudiens reste indélébilement gravé dans la mémoire des Djiboutiens. Puisqu’il a permis de consolider les premiers pas balbutiants de notre jeune nation en la libérant d’un lourd fardeau. A cet effet, il faut reconnaître que sans cette contribution conséquente de l’Arabie Saoudite, la situation financière de la République de Djibouti aurait sans doute connu des perspectives moroses pouvant éventuellement hypothéquer son indépendance.

Cette importante donation s’inscrivait par ailleurs dans le cadre d’une stratégie saoudienne plus large sur les plans géostratégique, géopolitique et géoculturel etc. Une fois la problématique financière de la jeune République résolue, les deux pays entamèrent des relations majestueusement solides.

….Djibouti, première ceinture de sécurité du Royaume Saoudien

Une notion géopolitique précise que ″ toute puissance qui domine les détroits les plus importants de la planète, dispose d’une totale maîtrise sur le commerce mondial″. Partant de ce concept, il nous semble juste de mentionner que les pays, situés dans l’un de ces détroits, occupent une place enviable sur l’échiquier international. C’est le cas de la République de Djibouti. En effet, notre patrie, dotée d’une situation géographique avantageuse par sa domination du versant d’Ouest de Bab-Al Mandab, représente non seulement le prolongement stratégique du Royaume Saoudien mais aussi son espace vital et sa première ceinture de sécurité.

Les deux nations sœurs sont parfaitement conscientes de cette convergence d’intérêts géostratégiques. C’est pourquoi, veiller à la sécurité et à la stabilité  de Djibouti équivaut par ailleurs à assurer  à la défense et à la quiétude de l’Arabie Saoudite,  terre sainte de l’Islam. Cette vision commune reste le socle sur lequel sont fondées les relations liant les deux pays frères.

C’est sur la base de ce principe mutuellement partagé que le royaume saoudien  déterminé à combattre à la prédominance du camp de l’Est dans la Corne de l’Afrique, s’engagea fermement aux côtés des pères fondateurs pour préserver la souveraineté de Djibouti convoitée par les puissances communistes  de la sous-région.

Dans cette optique, soutenir la politique de neutralité adoptée par nos dirigeants, qui consistait à se tenir loin de l’influence de ce camp, devenait une priorité absolue pour les leaders Saoudiens. Même les armes légères du bloc de l’Est étaient prohibées sous les cieux de Djibouti.

Et lorsque Kadhafi décida unilatéralement d’offrir à notre pays ces genres d’armes, le Royaume d’Arabie Saoudite répliqua immédiatement par doter notre armée des armes et des chars français Leclerc livrés par avion cargo. Un tel acte constitue l’exemple, illustrant l’expression du sentiment de fraternité et de protection qu’éprouvent constamment les dirigeants du royaume saoudien vis-à-vis de cette jeune nation arabo-africaine reconnaissante.

L’appui et l’apport des autorités de Riyad  dans le domaine géoculturel restent constants.  Après une longue période coloniale qui dura plus de 115 ans et qui a eu pour conséquence de couper de notre patrie de tout lien avec les pays arabes. Il était donc prioritaire pour le royaume saoudien d’épauler et d’accompagner la politique gouvernementale de la jeune République en matière d’arabisation du pays. Pour soutenir l’effort de nos dirigeants dans cette perspective, aussitôt après la proclamation de notre indépendance, le royaume créa, en 1977, l’Institut Islamique Saoudien à Djibouti.

Cette extraordinaire initiative saoudienne a donné des résultats plus qu’excellents : nombre de nos ambassadeurs, des professeurs y compris à l’université, des magistrats, des hauts fonctionnaires et des hauts gradés de l’armée nationale, de la police et de la force navale …etc. ont fréquenté les bancs de ce prestigieux Institut. Ces brillants esprits contribuent aujourd’hui au rayonnement  et au développement de notre pays par un apport de qualité inestimable.

Dans bien des domaines, la contribution de l’Arabie Saoudite dans l’effort du développement de la République demeure considérable. A titre d’illustration, dans   les infrastructures routières, il est judicieux de rappeler que l’unique route reliant la capitale à la ville blanche de Tadjourah et qui a permis le désenclavement par voie terrestre les régions Nord du pays, a été intégralement financée par le royaume SaoudienEn guise d’hommage et de reconnaissance, elle portera désormais le nom  du Roi Fahd.

Par ailleurs, en ce qui concerne l’inextricable crise somalienne, lors de la première réconciliation tenue à Djibouti, en juillet 1991, le royaume saoudien avait dépêché un avion pour ramener les délégations somaliennes à la Mecque, en terre sainte,  pour mieux sceller l’accord signé sur le sol Djiboutien.

Quant à la crise yéménite, là aussi, les deux pays partagent la même vision et la République de Djibouti apporte  son soutien le plus total aux actions militaires entreprises sous le leadership du royaume pour ramener la paix dans ce pays frère.

Dans le concert des nations, hier comme aujourd’hui, les deux pays expriment leurs positions solidaires et continuent à partager une vision commune en ce qui concerne les enjeux géostratégiques de la région, la situation géopolitique internationale, les défis du terrorisme ainsi que les velléités des puissances nuisibles et désireuses de détruire l’espace arabe.

Dans cette approche, la signature d’un accord de partenariat stratégique entre Djibouti et l’Arabie Saoudite et l’établissement d’une base militaire Saoudienne sur le sol national d’une part, et d’autre part l’adhésion et la participation de Djibouti à la grande alliance militaire des nations musulmanes sunnites, initiée sous le leadership de l’Arabie Saoudite, sont les exemples les plus récents qui témoignent  de l’importance de cette exceptionnelle coopération djibouto-saoudienne.

Un tel niveau relationnel traduit concrètement la symbiose de vue entre le Président Ismaïl Omar Guelleh et le Roi Salman Bin Abdelaziz.

 Djama Omar Idleh, chercheur au CERD

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