Discours du chef de l’Etat à l’ONU : « L’intégrité territoriale de mon pays n’est pas négociable ! »

4 octobre 2015 9 h 16 min0 commentsViews: 312

Mercredi dernier, le président Ismaïl Omar Guelleh a de nouveau pris la parole à la tribune des Nations unies. Au cours de ce sommet consacré à la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, le chef de l’Etat a rappelé une fois de plus que le comportement irresponsable de l’Erythrée mettait à bout la patience djiboutienne et que l’ONU devrait prendre ses responsabilités face à une situation qui n’a que trop duré. Le Président a également profité de ce discours final pour rendre hommage à l’ambassadeur Roblé Olhaye.

La 70e Assemblée générale des Nations unies a été clôturée mercredi dernier par un sommet consacré à la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent. Le chef de l’Etat djiboutien, M. Ismaïl Omar Guelleh, qui aura été particulièrement actif au cours de ces travaux, a une fois de plus pris la parole au cours de ce sommet.

Dans son discours, le chef de l’Etat a d’abord tenu à rendre hommage à M. Robleh Olhaye, l’ancien ambassadeur de la RdD et représentant permanent à l’ONU décédé récemment à Washington. « Feu Robleh Olhaye fut l’exemple même du diplomate chevronné et expérimenté. Son parcours est impressionnant, sa vie riche en enseignements et ses succès immenses. Je voudrais souligner notamment son combat permanent pour le développement économique et commercial en faveur du continent africain. Il a représenté notre pays et toute l’Afrique avec fierté.

Le chagrin et la peine que nous ressentons aujourd’hui suite à sa disparition, sont allégés par les nombreux messages de respect et de compassion qui nous parviennent de par le monde », a dit le Président dans un tonnerre d’applaudissements. Le chef de l’Etat a également consacré une partie de son discours à l’affaire de Doumeira, à l’entêtement de l’Erythrée et à la passivité de l’ONU dans ce conflit frontalier.

Le chef de l’Etat s’est exprimé en ces termes : « Les pays membres, ici présents, sont témoins, depuis 2008, de la situation tendue et jusqu’à présent sans solution, qui prévaut dans le nord de mon pays, suite à l’occupation injustifiée et incompréhensible des forces érythréennes d’une partie de notre territoire.

Les membres de mon gouvernement et moi même sommes venus ici, à plusieurs reprises, vous exposer la situation et vous informer du comportement déraisonnable de l’Érythrée qui continue d’ignorer la gravité de la situation et à rejeter toutes tentatives de discussion. Afin de résoudre ce conflit de manière pacifique, mon pays a, depuis le tout début, cherché les bons offices de l’Union africaine, de la Ligue des États arabes, de l’Organisation de la Conférence islamique, de l’ONU.

Nous avons, enfin, accepté la médiation de S.A.R l’Emir du Qatar, pensant que ce pays écouterait raison. Mais en vain.

A ce jour, plus de cinq ans après la signature de l’Accord de médiation, nous attendons toujours la démarcation de la frontière et le retour de nos prisonniers de guerres. Malgré l’appel à la raison de la Communauté Internationale et l’adoption des résolutions 1862 (2009), 1907 (2009) et 2023 (2011), l’Érythrée refuse de reconnaître l’existence même de prisonniers Djiboutiens, bien que deux d’entre eux aient heureusement réussi à s’échapper.

Cette attitude de déni, même après le retour et le témoignage de ces prisonniers, et de refus de toute discussion est contraire aux normes et  conduites internationales. Elle témoigne du danger que ce pays représente pour la région et la communauté internationale dans son ensemble.

Mon pays a toujours su préserver la paix car nous croyons aux vertus du dialogue et de la médiation. Toutefois, l’intégrité territoriale de mon pays ne saurait être négociable. »

Evoquant la situation dans le monde, le président a souligné que malgré les efforts soutenus engagés pour atteindre un monde de prospérité, d’équité, de liberté, de dignité et de paix pour tous les peuples, il restait encore un long chemin à parcourir.

Il a rappelé que la communauté internationale restait confrontée à un éventail sans précédent de défis considérables: la pauvreté et la faim,  la persistance du chômage et des violents conflits armés ; le changement climatique…

« Et pas plus tard que l’année dernière, a-t-il dit, nous avons vu des systèmes de santé de pays frères, dépassés, face à de nouvelles menaces terribles telles que le virus de l’Ebola, tandis que de nouveaux défis ont émergé, menaçant en permanence la paix et la sécurité. » Au chapitre de la fragilité macro-économique  dans l’économie mondiale et les défis multiples et multiformes posés aux pays du sud, le Président Guelleh a attiré l’attention des dirigeants du monde sur l’importance de l’instauration d’un système multilatéral commercial crédible et bénéfique pour tous.

« La crise financière et économique de 2008 a eu, a-t-il ajouté,  des conséquences multidimensionnelles et un grand nombre de pays en développement continuent d’être confrontés à une situation macroéconomique difficile. Toute réponse  destinée à résoudre  cette  situation devrait tenir compte des besoins spécifiques de l’Afrique et particulièrement des pays les moins avancés et veiller à ce que les engagements pris lors des rencontres internationales puissent être mis en œuvre. »

Il a illustré son propos en citant comme exemple  les difficultés actuelles que rencontrent les Etats Membres de l’OMC dans les efforts d’identification des voies et moyens de sortir les négociations du cycle de Doha de l’impasse, et établir un programme de travail post-Bali significatif. « Les enjeux, a-t-il dit,  sont importants car il est de notre responsabilité de construire un système commercial multilatéral crédible qui permette à tous, en particulier aux pays en voie de développement d’atteindre leurs objectifs en matière d’industrialisation et de transformation structurelle de leurs économies. »

Au chapitre du changement climatique, le président Ismaïl Omar Guelleh a souligné qu’il s’agissait là du  plus grand défi auquel l’humanité est confrontée, mais également le plus important de notre époque en terme de développement.  « Il risque de compromettre la vie des générations futures », a-t-il dit.

Il a ajouté  que la multitude de réunions sur le changement climatique, peu de progrès avaient été observé, ce qui, a-t-il dit, illustre à quel point cette question est source  de controverses et de divisions. « Il est vrai que nos revendications, Mesdames et Messieurs, sont légitimes et compréhensibles.

Mais il est, également, vrai que l’Afrique a plus à perdre que les autres. C’est pour cela que nous sommes disposés à assumer nos responsabilités en vue de réduire nos émissions et que nous souhaitons que le principe de la responsabilité commune mais différentiée soit scrupuleusement respecté », a-t-il estimé.

Le président a ajouté que chaque région avait  ses spécificités et ses préoccupations environnementales qui ne sont pas nécessairement les mêmes que dans les autres régions. « Mon pays, lui, est particulièrement exposé à de nombreux aléas naturels, les plus fréquents et les plus destructeurs étant les sécheresses et les inondations », a-t-il dit avant de préciser que malgré une contribution marginale, voire insignifiante, à l’émission de gaz à effet de serre, la République de Djibouti contribue à l’effort mondial de lutte contre ce fléau ravageur.

« A ce titre, nous avons récemment abrité une Conférence en partenariat avec l’Institut pour le Climat et l’Energie de la prestigieuse université de Yale qui a développé un modèle climatique très pertinent et qui présente tous les scénarios sur les impacts des changements climatiques sur notre région », a-t-il rappelé.

Il a également rappelé que le gouvernement djiboutien avait proposé de créer et d’abriter à Djibouti un Observatoire régional de l’Environnement et que notre pays  s’est engagé, depuis quelques années, à conduire une politique d’exploitation des énergies renouvelables avec comme objectif affiché de bannir les énergies fossiles à l’horizon de 2020.

« C’est la raison pour laquelle nous avons déjà réalisé avec l’Ethiopie un projet d’hydroélectricité et que nous avons, d’ores et déjà,  commencé à exploiter le formidable potentiel géothermique, éolien, solaire et d’énergie marémotrice que possède  notre pays », a-t-il expliqué.

« L’environnement est une donnée transversale et transnationale, il nous faut en conséquence et en toute logique, des politiques transversales, transnationales et interdisciplinaires à la hauteur de l’enjeu. », at-il en outre estimé.

« Agir ensemble ».

Le chef de l’Etat a ensuite consacré une bonne partie de son intervention à l’extrémisme et au terrorisme.  « L’extrémisme violent, a-t-il dit,  est le produit d’une idéologie meurtrière qui prône ouvertement la destruction et l’élimination de l’autre au nom d’une prétendue conviction religieuse alors que l’Islam est une religion qui prône essentiellement l’ouverture, la tolérance et l’amour du prochain ».

« Notre région, l’Afrique de l’Est, Mesdames et Messieurs, est l’une des premières régions à avoir été victimes d’attaques terroristes. Le groupe Al-Shabaab constitue une grande menace pour notre région et est à l’origine d’attaques terroristes et de nombreuses tentatives d’attentats dans la plupart des pays de notre région.

Cette expérience douloureuse, nous a permis de développer une connaissance du fonctionnement, des pratiques et des stratégies des groupes terroristes qui gagnerait à être partagée. Les causes qui favorisent l’expansion de ce fléau qu’est l’extrémisme et, de facto, des groupes terroristes, sont profondes et diverses.

Les fissures et les fractures que l’on observe dans l’architecture sécuritaire internationale et les zones de conflit du Moyen-Orient et en Afrique ainsi que les difficultés économiques, l’extrême pauvreté, la perception, réelle ou non, de marginalisation génèrent un sentiment d’incertitude et un désir d’appartenance fort, qui peut rendre des groupes sensibles à la rhétorique extrémiste et conduire aux attaques violentes dont nous connaissons le coût humain, les innombrables problèmes sécuritaires, économiques et sociaux qu’elles entraînent.

Hier, le Président Obama a pris l’initiative d’organiser un sommet sur cette thématique qui nous cerne et nous concerne tous.

Nous l’en remercions car le contexte international nous  prouve chaque jour le besoin et la pertinence de telles consultations. Aucun pays ne peut combattre ce fléau tout seul car le terrorisme n’a pas de frontières. Pour neutraliser cette menace, nous devons agir ensemble,  de manière concrète et décisive.

Les stratégies de combat et de prévention contre la violence extrémiste doivent être parfaitement calibrées tout en évitant la sur-réaction. Elles doivent être basées sur une analyse des causes profondes ainsi qu’une compréhension des raisons qui poussent à l’extrémisme.

Les gouvernements, les organisations régionales et internationales, les chefs religieux et les responsables du monde académique et de la société civile doivent unir leurs forces en vue de renforcer la résilience face au terrorisme et mettre sur un pied un plan global visant à consolider la sécurité et la stabilité dans nos pays.  A ce titre, mon pays va bientôt créer dans le cadre de l’IGAD, un centre d’excellence de lutte contre l’extrémisme violent (CVE).

Ce dernier a pour objectif de renforcer les capacités des acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux et représente un espace de dialogue et une plateforme d’échanges d’informations entre les chercheurs et les spécialistes. »

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