Djibouti vibre aux rythmes de joutes sportifs populaires du Ramadan

18 juin 2017 9 h 24 min0 commentsViews: 31

A Djibouti, le mois béni de Ramadan, où les musulmans du monde entier observent le jeûne (abstinence de nourriture et d’acte sexuel du lever au coucher du soleil) n’est pas seulement synonyme de spiritualité, ou d’adoration. Mais c’est également un mois de joutes sportifs populaires qui font vibrer chaque année tout Djibouti jusqu’au dernier village.

En effet, dans ce pays de moins d’un million d’habitants, et de confession musulmane à plus de 99%, les compétitions sportives ont depuis toujours fait partie de spécificités qui caractérisent le mois de Ramadan. Elles occupent même une place très privilégiée qui la positionne juste après le jeûne et les prières. Il faut dire que durant toute l’année, Djibouti peine souvent à afficher cette image de nation sportive propre à la plupart des pays africains. Cependant, c’est sans compter sur l’arrivée de ce mois de Ramadan qui transforme d’un trait tout le pays en un gigantesque quartier olympique où l’on s’affronte de l’après-midi jusqu’à deux heures du matin dans différents tournois sportifs.

FOOTBALL. Dans cette magie sportive qui s’empare soudainement de tous les Djiboutiens, toute catégorie sociale confondue, tout au long de ce mois sacré de Ramadan, le football, sport-roi à Djibouti, conserve toujours sa couronne sereinement et reste en haut de l’affiche, loin, très loin de toutes les autres disciplines sportives. Et cette règle s’annonce chaque année pendant le mois de Ramadan comme une vérité absolue que nulle n’ose la déroger. Cette règle, Mbida, mémoire vivante du football djiboutien, en est depuis presque trois décennies l’un de ses plus illustres artisans. Ce passionné du ballon rond qui a entraîné plus d’une dizaine d’équipes de toute catégorie d’âge a organisé dans son quartier Kartileh, situé au cœur de la capitale djiboutienne, les plus beaux tournois de football du mois de Ramadan que Djibouti ait connu. Selon lui, depuis la nuit de temps, à chaque mois de Ramadan, le football est ce qui fédère le mieux la grande majorité des Djiboutiens, juste après leur foi.

“C’est incroyables, les gens ne s’en lassent jamais ! Le football est chaque année l’évènement phare du mois de Ramadan. C’est lui qui anime les passions et les discussions de la plupart des Djiboutiens, et fait déplacer toujours des milliers de gens de tous les bords. Comme vous pouvez le voir durant les après-midi, en attendant la rupture du jeûne, tout Djibouti semble suspendu aux différents tournois organisés dans tous les quartiers de la capitale et des régions de l’intérieur. La nuit tombée, après la prière du soir, c’est encore et toujours le ballon rond qui déchaîne les passions et fait vibrer à lui seul les soirées pieuses de ce mois sacré en les couvrant d’une véritable écharpe d’olympiade populaire. D’autre part, si autrefois, il revenait aux organisateurs de ces tournois (des bénévoles portés seulement par une passion sans pareil égale pour le football) de mettre chaque fois la main à la poche pour trouver des récompenses et des trophées à l’hauteur de ces compétitions, depuis quelques années maintenant, le Secrétariat d’Etat djiboutien à la Jeunesse et aux Sports remet chaque année des lots de trophées et de médailles aux organisateurs de ces tournois. Pour Mbida, comme pour tous les autres organisateurs, cette décision a certes permis de consolider davantage la pérennisation de ces compétitions durant le mois de Ramadan. “Mais moi personnellement, précise-t-il, je la vois surtout comme la reconnaissance par l’Etat du travail remarquable que des hommes et des femmes dépourvus de tout moyen matériel et financier ont réalisé depuis toujours dans l’anonymat pour illuminer, le temps d’un Ramadan, le temps d’un tournoi, le quotidien de chaque génération que ce pays ait vu naître depuis sa création, il y a juste quarante ans”.

PETANQUE !  Après le foot, c’est la pétanque qui fait parler le plus d’elle à Djibouti à l’heure du Ramadan. En effet, si la pratique de ce sport s’est étendue tout au long de ces dernières années dans la vie des Djiboutiens, elle gagne chaque année un nombre plus important de nouveaux adeptes qui, sous les lampadaires publics, viennent rappeler avec force, à qui veut l’entendre, cette remarquable percée qui est la sienne. Et cette percée, justement, la pétanque la confirme également avec caractère à chaque nouveau mois de Ramadan. Il faut dire que les tournois de pétanque de Ramadan qui déplacent sans difficulté, aucune, chaque après-midi et toutes les nuits un peu partout dans le pays des milliers de passionnés de tout horizon sont désormais inscrits dans le calendrier des compétitions sportives qui animent le mois de Ramadan à Djibouti.  Et c’est à Balbala, gigantesque banlieue de la capitale djiboutienne, que la pétanque a toujours écrit ses lettres de noblesse tout au long de l’année. Pour Aden Guedi, sexagénaire à la retraite qui s’est converti il y a quelques années dans l’organisation des tournois de cette discipline, la pétanque est un sport qui demande très peu de moyen, de matériel et d’espace pour être pratiquée, et c’est surtout un sport qui exige pratiquement aucune condition physique de la part de ses joueurs. “C’est pourquoi à Djibouti, la pétanque a pris son quartier général dans la commune de Balbala, composée en grande majorité des quartiers défavorisés. Et c’est cela qui a fait également du Djiboutien à faible revenu, affichant souvent la trentaine et plus, le prototype par excellence du joueur de pétanque dans ce pays”, explique-t-il, entre deux bouffées de cigarettes, les yeux fixés sur le prochain tire de l’équipe adverse, avec une certaine certitude qui ne laisse plus de place à aucune autre thèse. En effet, si la pétanque a été perçue au début comme un sport pour vieux à Djibouti, aujourd’hui, elle attire de plus en plus de jeunes comme Omar, jeune marié de vingt cinq ans, employé dans le bâtiment, qui la pratique six jours par semaine durant l’année et sept jours sur sept durant le mois de Ramadan. “Vous savez, s’il fallait choisir pendant le mois de Ramadan, un sport sans aucun danger pour la santé d’une personne en jeûne ni aucun risque de blessure, c’est incontestablement la pétanque seule qui présente toutes ces garanties.  Cette discipline sportive semble justement avoir été faite pour le Ramadan. Elle est vraiment passionnante et ne demande pratiquement aucun effort physique qui soit contraignant pour le joueur en jeûne”, se réjoui-t-il. Et à ses yeux angéliques perdus dans une paire de lunettes noire que les traces de ciments semblent ronger sur les côtés comme une érosion d’un autre temps, c’est tout simplement ce qui explique l’euphorie de plus en plus affichée des Djiboutiens pour la pratique de la pétanque, et surtout durant le mois béni de Ramadan. Mais d’autres disciplines sportives comme la marche, le cyclisme, le fitness ou encore les jeux de société attirent également les Djiboutiens pendant le mois de Ramadan. Mais elles restent pour le moment juste des disciplines sportives pratiquées par un cercle de groupes restreints ou de clubs privés. Elles ne présentent surtout pas encore la magie de cette passion populaire que seuls le football et la pétanque savent déverser avec aisance chaque jour dans la vie des Djiboutiens. Et qui, une fois lancée, se déchaîne et emporte tout sur son passage à Djibouti durant le mois de…Ramadan.

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