Courrier des lecteurs : Situation actuelle de la finance islamique à Djibouti – Par Habsan Hassan Abdillahi –

14 novembre 2017 8 h 42 min0 commentsViews: 52

Concernant le système bancaire à Djibouti, il est à cheval entre deux modèles, celui des banques conventionnelles, vestiges du colonialisme, et celui des banques islamiques, marque de notre appartenance religieuse. Les premières fonctionnent selon les règles classiques, pratiquent du taux d’intérêt qui demeure leur toile de fond. Les secondes sont gouvernées par les règles de la Charia islamique ou du droit musulman des affaires dont les caractéristiques principales sont l’interdiction de l’intérêt, de la spéculation, l’investissement dans les secteurs licites et l’application du principe de partage des profits et des pertes dans des opérations participatives. Les deux systèmes se rejoignent au niveau de leurs missions : comme toute banque, qu’elle soit classique ou islamique, son rôle consiste à octroyer des prêts et collecter des fonds, d’où sa mission d’intermédiaire entre le déposant et l’emprunteur. Contrairement au système conventionnel, l’industrie de la finance islamique repose sur des règles et des principes éthico-religieux.

Actuellement, la finance islamique joue un rôle fondamental sur le marché financier à Djibouti. Nous assistons depuis quelques années à une massification des banques islamiques qui proposent des services adéquats aux clients.

De plus, le président de la République,  M. Ismaïl Omar Guelleh, a reçu le prix de la finance islamique, décerné par le président du Kazakhstan. Djibouti est en plein développement économique et renforcer sa finance islamique constitue un point majeur dans ce processus. La finance islamique est très présente à Djibouti qu’ailleurs quand on compare les pays africains. Ce pays composé de 99% de musulmans compte montrer la voie aux pays voisins afin de promouvoir cette finance. Le taux d’intérêt n’est pas indispensable au commerce et aux activités des banques, c’est le message que Djibouti veut transmettre. Notre Président Ismaïl Omar Guelleh a été décoré pour son engagement et pour le soutien qu’il a apporté aux institutions publiques et privées.

L’Etat Djiboutien s’est davantage impliqué dans le projet de la finance islamique lors de la quatrième conférence africaine de la finance islamique qui s’est tenu au Kempinski du 4 au 5 novembre 2015. Si hier notre pays était dans des activités bancaires à de taux d’intérêts élevés, aujourd’hui il est considéré comme étant un acteur incontournable dans le développement de la finance islamique. Lors de cette conférence, le Président Ismaïl Omar Guelleh a exhorté les dirigeants africains à employer cette nouvelle forme de finance qui, sans compromettre au profit des banques, satisfait les clients. Les banques islamiques ont réussi à capter 16% des actifs du secteur bancaire en quelques années et cela est dû en partie à l’amputation du taux d’intérêt aux prêts octroyés aux clients mais aussi dans les activités bancaires, les clients n’ont plus à avoir affaire aux banquiers avides de rentabilité qui cherchent toujours à tirer profit de la situation. La plupart des dirigeants africains n’étant pas dans ce système de finance, le chef de l’Etat djiboutien leur a expliqué les avantages qu’ils pourraient tirer de cette nouvelle forme de finance qu’est la finance islamique. La position géostratégique de Djibouti oblige les dirigeants à prendre part à ce projet. Le transport des produits et les échanges entre le Moyen-Orient et l’Afrique passe par Djibouti. C’est Djibouti qui sert d’intermédiaire lors de ces échanges, l’engagement des dirigeants contribuerait au renforcement des liens commerciaux et au développement du continent africain. Djibouti a investi depuis cette conférence dans le secteur maritime, ferroviaire et aérien afin de rendre les échanges beaucoup plus faciles. Ces investissements concernent la construction de quatre nouveaux ports, de deux nouvelles lignes ferroviaires, etc. Les chefs d’Etat présents vont quant à eux s’engager à promouvoir le développement de la finance islamique dans leurs pays respectifs. Le chef de l’Etat djiboutien veut faire de Djibouti le noyau de la finance islamique, il veut que le nom de Djibouti soit mentionné comme une référence à chaque fois que la finance islamique sera prononcée. C’est pourquoi il s’investit corps et âme afin de trouver un accord entre les dirigeants et permettre à ce système de  proliférer.

Peu après cette conférence, a été créé un comité national de la charia pour le développement de la finance islamique. Ce comité veillera à faire respecter la loi. Il s’assurera de la conformité des produits et des activités des banques. Il a le pouvoir de prendre des décisions quand c’est nécessaire et punir les banques qui font une entorse au règlement. Djibouti veut conserver son image à l’échelle internationale. Les mesures prises vont dans ce sens. Tout est planifié de sorte que la finance islamique ait beaucoup plus d’impact dans l’économie de l’Afrique et du monde entier. Ce comité est composé de sages, d’experts en finance islamique et de savants, capables d’évaluer les décisions prises et de juger si la sanction est nécessaire. Ce comité est mis en place parce que depuis que la finance islamique a plus d’ampleur, le nombre des banques islamiques a augmenté fortement, et avec elles la taille du marché. Aujourd’hui  elles détiennent un pourcentage important du marché et contribuent au renforcement de la finance et au développement du pays. Il était donc nécessaire de mettre en place un comité qui gère spécialement les affaires islamiques.

L’une des raisons pour lesquelles Djibouti se veut d’être le fer de lance de la finance islamique est la réduction de la pauvreté. Cette nouvelle forme de finance va contribuer à  la réduction de la pauvreté grâce au système de prêt sans taux d’intérêt. Beaucoup d’idées novatrices meurent sans même voir le jour à cause du système de prêt avec des taux d’intérêts élevés que font les banques. Les porteurs d’idées étant en général de modestes citoyens qui ne disposent d’aucun fond et  n’ont personne pour assurer leurs arrières. Ils ne s’engagent pas à prendre un crédit qu’ils ne pourraient rembourser si jamais ils n’obtiennent pas l’effet escompté. Cette nouvelle forme de finance appelée finance islamique va inciter les ménages à prendre du crédit, surtout les femmes qui ont beaucoup d’idées mais n’ont jamais les fond nécessaires. Les petites et moyennes entreprises vont demander beaucoup plus de crédit et embaucher par la suite afin de pallier au problème du chômage. C’est tout un cercle vertueux qui s’active autour de la finance islamique. Ce système est une sorte de justice sociale en faveur des plus démunis. Il permet à chacun d’avoir la chance de concrétiser ses idées. Le pays gagne à recourir à cette finance. Il y aura une réduction très conséquente de la pauvreté. Le chômage va baisser grâce aux entreprises qui vont utiliser davantage de mains-d’œuvre. Et l’économie du pays va faire un bond considérable.

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